JULES VERNE, CONSERVATEUR RÉPUBLICAIN

ÉLOGE DE LA POLITIQUE OXYMORIQUE[1]


Christian Chelebourg

 

Ce n’est pas de gaieté de cœur que je prends la parole, aujourd’hui, en ce palais des congrès. Dans le climat politique actuel, et compte tenu de la stratégie d’« entrisme » pratiquée par le Front National à l’égard du monde associatif, je déplore que la Société Jules Verne ait choisi de tenir son Assemblée Générale à Toulon. Je sais bien que Michel Verne y a élu domicile, mais Michel n’est pas Jules, n’en déplaise à certains. Et l’ombre de Jean Morénas ne change rien au tableau. Si l’on entendait profiter des paysages méditerranéens, il eût été préférable de jeter notre dévolu sur des sites moins polémiques : Monaco ou Antibes, par exemple, où l’auteur des « Voyages extraordinaires » fréquenta les villas d’Hetzel et d’Adolphe d’Ennery[1]. Rien ne nous contraignait donc à un choix condamnable, mais puisqu’il a prévalu, puisqu’aussi, dans les couloirs des « Rencontres Internationales » d’Amiens, j’ai eu la désagréable surprise d’entendre des propos tendant à faire de Jules Verne tantôt un monarchiste convaincu, tantôt un militant de droite déterminé – en clair, puisqu’un vent de récupération droitière semble souffler sur une œuvre dans laquelle la politique n’est nullement un thème central, j’ai jugé utile de prendre ici la parole pour quelque mise au point.

~~~~


J’entends montrer, ici, comment Jules Verne, après avoir négligé la politique durant la partie la plus productive de sa carrière, tâcha d’en définir une pratique originale à partir de la fin des années quatre-vingts. Pour ce faire, je mettrai en relation son attitude lors de la première élection municipale à laquelle il prit part, il y a tout juste cent-dix ans, les 6 et 13 mai 1888[2], et deux contre-utopies qui traitent de la conduite des affaires publiques : L’Île à hélice et En Magellanie. On sait qu’en 1888, la présence de l’auteur sur la liste républicaine de Frédéric Petit sema le trouble dans son entourage. Il jugea utile de préciser sa position à son ami d’enfance, Charles Maisonneuve :

En sociologie, mon goût est : l’ordre ; en politique, voici mon aspiration : créer, dans le mouvement actuel, un parti raisonnable, équilibré, respectueux de la vie.

C’est la signification pratique de cette profession de foi qui m’interroge.

Au lendemain du premier tour de l’élection de 1888, Jules Verne faisait publier dans Le Journal d’Amiens, d’obédience conservatrice, et Le Progrès de la Somme, fondé par son co-listier, une mise au point dans laquelle il prétendait explicitement appartenir au « parti conservateur »[3] et avoir été admis « quoique conservateur » (ibid.) sur la liste radicale socialiste du maire. Jules Verne n’était pas homme à se renier pour le plaisir d’être élu. Il n’était point non plus assez naïf pour ignorer qu’une candidature électorale est un acte politique fort. S’il se pose en « conservateur » chez les républicains, alors même que la liste adverse s’intitulait « Candidats conservateurs », c’est afin de marquer sa volonté de résoudre hic et nunc les antinomies idéologiques de son temps. Posant en conservateur républicain, il fait de la politique comme il ferait un oxymore. Son désir dûment exprimé d’« obtenir un mandat purement administratif » (ibid.) m’apparaît moins comme une prise de distance à l’égard du maire d’Amiens, que comme une façon habile de signifier à tous les candidats que les temps ne sont plus aux luttes idéologiques mais à l’administration de la cité, à la politique dans son sens le plus noble – au service des citoyens. En cette fin d’un siècle particulièrement riche en révolutions, Jules Verne prône la paix des clans. Il prétend rompre avec l’idéologie pour agir en pragmatique. Certes, bourgeois de cœur et de mœurs, il craint, comme tant d’autres, le peuple et ses débordements, mais son œuvre prouve qu’il craint plus encore les meneurs d’hommes ambitieux, les Jem Tankerdon et les Nat Coverley de tout poil, ces candidats au poste de gouverneur de Standard Island, qui préfèrent mener l’île à sa ruine que de voir triompher un rival. Je note, au passage que, dans ce roman, L’Île à hélice[4], Jules Verne suggère comme une solution sage de poposer le pouvoir au roi de Malécarlie. Y a-t-il là quelque relent d’orléanisme ? Peut-être, mais la solution ne lui apparaît viable que parce que ce roi-là ne saurait se comporter en autocrate :

L’ambition n’est plus son fait, et jamais la pensée ne lui viendra de substituer le pouvoir personnel à ces institutions démocratiques qui constituent le régime de l’île à hélice. Il ne sera que le président du conseil d’administration dela nouvelle société Tankerdon-Coverley and Co. (II, xii ; 329)[5]

C’est l’expérience de cet homme, « Sa tolérance et sa philosophie », sa personne, non son hérédité, non sa descendance qui justifient, aux yeux de Verne, cette option. Du reste, cette offre même de se faire président après avoir été roi, l’intéressé la décline, au motif qu’il « en a fini avec ces illusions qui sont inhérentes à une souveraineté quelconque ! » (330). Et c’est peut-être sa plus grande sagesse que de refuser le pouvoir. Il indique, de la sorte, que toute nostalgie monarchique est vaine, que la démocratie doit s’assumer.

C’est justement à cette assomption de la démocratie que Jules Verne travaille en tâchant de transcender, à Amiens, les clivages doctrinaires. J’emploie l’adjectif à dessein : réduire les fractures politiques est, pour lui, le plus sûr moyen de tourner la page d’un siècle troublé et d’assurer le succès de la démocratie en garantissant la liberté et la prospérité de tous. En Magellanie témoigne de sa peur devant la montée de nouvelles idéologies. L’inspiration de ce roman, rédigé entre le 17 octobre 1897 et le 11 avril 1898[6], porte trace de la violence avec laquelle les anarchistes s’étaient manifestés en France, quelques années auparavant. Une vague d’attentats sanglants avait frappé la République en 1892 et 1893. Ravachol avait semé la panique dans le pays en bombardant immeubles et restaurants ; au mois de décembre 1893, un certain Vaillant avait eu l’audace de s’attaquer à la Chambre, sans faire de victimes. Enfin, le 24 juin 1894, l’Italien Caserio avait assassiné le président Sadi Carnot pour le châtier d’avoir refusé la grâce de Vaillant. Il faut avoir ces événements à l’esprit pour comprendre En Magellanie. Dans ce récit, Jules Verne fait subir à l’anarchisme un traitement complexe.

Cette doctrine se trouve incarnée, d’une part, dans le personnage du Kaw-djer et, de l’autre, dans le couple des frères John et Jack Merritt, « Irlandais d’origine, appartenant à la secte des Fenyans, contre laquelle l’Angleterre dut prendre les mesures les plus rigoureuses » (ix ; 105)[7]. D’emblée, Jules Verne prend soin de rapprocher leurs options politiques de celles du Kaw-djer pour mieux les en distinguer : « Propagandistes par le fait, ils étaient bien différents du Kaw-djer, dont la doctrine répugnait aux violences ». Cette manière de les désigner les rattache explicitement au mouvement terroriste qui venait d’ensanglanter la France au nom de « la propagande par le fait »[8]. Jules Verne leur prête pour projet d’établir « une propriété commune... le collectivisme [...], en attendant l’anarchisme... » (xii ; 141) et leur fait faire cause commune avec un groupe partisan de « l’école de Carl [sic] Marx » (xiv ; 161-2). C’est rapprocher abusivement le socialisme de l’anarchisme, mais il est vrai que, vues de la bourgeoisie, ces pensées pouvaient se confondre par le but final qu’elles affichaient : « un communisme sans classe dans lequel l’État n’aurait plus aucun rôle »[9]. Jules Verne laisse à M. Rhodes le soin de condamner cet objectif, au nom du réalisme :

« [...] Le communisme ne serait applicable que si les hommes avaient les mêmes idées sur toutes choses, les mêmes goûts, les mêmes aspirations, la même dose d’intelligence et d’esprit, de force physique et morale. Or, il n’en est pas ainsi, et l’humanité ne se compose que d’éléments aussi divers qu’inconciliables. C’est pour cette raison que le communisme aboutit forcément au néant de l’anarchie ! » (xiii ; 152-3)

Un peu plus loin, il laisse Tom Land expliquer, en des termes simples, les raisons pour lesquelles ses semblables ne peuvent se rallier aux thèses collectivistes :

« Voyez-vous, Kaw-djer, [...] quand j’ai économisé sur ma paie, ce n’est pas pour que le camarade qui a mangé la sienne vienne encore boire la mienne ! Ce que j’ai gagné ou économisé n’est à personne autre qu’à moi, ou bien je ne travaillerais pas et je me mettrais à la charge des autres. Ceux qui pensent différemment n’ont pas la moindre idée de ce qui est pratique et juste [...] ! » (xiv ; 163-4)

Le narrateur, et derrière lui certain conseiller municipal d’Amiens, dénonce plus directement l’attitude clanique des frères Merritt, leur mépris de la démocratie et leurs visées hégémoniques. Chacun de ces points est important et mérite qu’on s’y arrête. Leur ensemble dessine les contours de la pensée politique de Jules Verne.

Sa première condamnation, malheureusement, est assez en situation dans cette ville, puisqu’elle tient à la diversité des nationalités représentées parmi les neuf cents émigrants du “ Jonathan ”. À plusieurs reprises, Jules Verne s’inquiète des difficultés de coexistence que risque de rencontrer cette « population hybride, composée d’éléments divers » (ix ; 104). Avec le vocabulaire qui est celui de son époque, il illustre ses appréhensions en remarquant « que dans ces puissantes nations, tels que les États-Unis d’Amérique, ou dans le royaume du Canada, le mélange des races est bien difficile à obtenir, que dans le même État, dans la même ville, les Américains restent Américains, les Allemands restent Allemands, les Anglais restent Anglais » (xii ; 142). Catégoriquement hostile à ces replis communautaires, à la logique de ghetto dont ils sont porteurs, Jules Verne fait de l’aptitude à « imposer une fusion des races qui importait à l’avenir de la colonie hostelienne » (144) le meilleur critère de compétence politique. Si M. Rhodes et, dans une plus large mesure, le Kaw-djer lui paraissent capables de mener à bien cette tâche, il condamne de fait toute ambition politique des frères Merritt en les montrant principa­lement entourés d’Allemands ou d’Irlandais (xiv ; 161-2). Fasciné par le melting-pot américain, Jules Verne voit dans la nation une entité assimilatrice. Je note, d’ailleurs, que la colonie hostelienne se montre très favorable aux travailleurs immigrés :

Les événements dont l’île Hoste avait été le théâtre, la situation indépendante qui lui fut faite par le Chili, sa prospérité qui alla toujours en croissant sous la ferme administration du Kaw-djer, tout cela devait la signaler à l’attention du monde industriel et commercial. De nouveaux colons y furent attirés, auxquels on concéda très libéralement des terres dans des conditions avantageuses. (xiv ; 165)

Le deuxième angle d’attaque que Jules Verne choisit à l’égard des frères Merritt tient à ce qu’ils représentent « une minorité intransigeante, tapageuse, brutale, prête à tous les coups de force » (xii ; 143), une bande déterminée à ne pas respecter la loi du plus grand nombre : « la minorité prétendait s’imposer à la majorité » (xiii ; 151), déclare-t-il, condamnant en parfait démocrate les menées de ces doctrinaires.

Enfin, sa troisième condamnation touche à leur volonté totalitaire. Elle se fait jour au moment du partage de la cargaison du “ Jonathan ” :

Ce que les frères Merritt attendaient, ce n’était pas de prendre la légitime part de la cargaison et du matériel à laquelle ils avaient droit, puis d’aller s’installer sur quelque autre point de l’île pour y vivre à leur goût. Non ! C’était d’habiter la bourgade naissante, dont ils feraient une véritable frelonnière, c’était d’obliger les autres à supporter leur domination, c’était enfin, eux qui ne se reconnaissaient pas de maîtres, d’agir en maîtres. (xii ; 146)

La proposition finale dénonce le caractère aporétique de leur comportement social et, par-delà, de leur doctrine même. Jules Verne ne leur dénie pas le droit de « vivre à leur goût », de « faire l’essai de leurs utopies » (xiv ; 162), mais il vilipendie sévèrement leur désir d’imposer leur doctrine, par la force, à l’ensemble des Hosteliens.

Qu’on regarde de près ces trois condamnations que le narrateur d’En Magellanie prononce à l’encontre des frères Merritt. La première touche à la fraternité entre les diverses communautés, la deuxième à l’égalité des citoyens, la troisième à la liberté de tous. Le devise républicaine sert donc de guide au conservateur Jules Verne. En endossant la robe du romancier procureur, celui-ci affiche et prône par l’exemple des valeurs politiques qui sont celles de la République. Il croit au bien fondé de l’opinion majoritaire et au scrutin universel ; il esquisse, à l’occasion, sa définition du corps électoral : « tous les émigrants majeurs, au nombre de trois cent vingt-sept, le reste se composant de femmes et d’enfants » (xii ; 142). Nulle électrice, donc, parmi ces électeurs : Verne reste fidèle à l’attitude qu’il avait adoptée lors de ce conseil municipal de janvier 1891 qui l’avait vu refuser le vote des dames sur la valeur des artistes du théâtre ; sans doute jugeait-il qu’au bout du monde comme à Amiens, il eût été inconvenant de mêler dans les couloirs les « dames comme il faut et les dames comme il en faut »[10]. Du reste, la Troisième République ne pensait guère autrement. Même la laïcité n’est pas oubliée sur l’île Hoste, puisque, face à la construction d’un temple et d’une école réformée à Libéria, le Kaw-djer fait appel aux missionnaires de la Magellanie pour satisfaire les catholiques et lutter « avec avantage contre le prosélytisme un peu trop commercial des ministres protestants » (xiv ; 168). Liberté des cultes, donc, mais non culte d’État. L’élan religieux du Kaw-djer à la fin du récit n’y change rien ; le nom de « “ Dieu ! ” » (xvi ; 193) qu’il murmure, le « Ciel » (194) qu’il salue ne sont d’aucune obédience. L’anarchiste se convertit à la foi, mais ne prêche aucune religion.

Il me faut revenir sur l’aporie du pouvoir anarchiste que dénonce l’auteur en montrant les frères Merritt désireux, « eux qui ne se reconnaissaient pas de maîtres, d’agir en maîtres » (xii ; 146). Cette attitude les situe aux antipodes de la pureté idéologique du Kaw-djer, dont M. Rhodes souligne à l’occasion qu’« il n’eût dépendu que de [lui] de devenir roi de la Magellanie au temps où elle était indépendante... » (xi ; 130). Même s’il ne partage pas la devise proudhonienne du Kaw-djer, « “ Ni Dieu, ni maître ! ” » (vii ; 91), Jules Verne reconnaît la grandeur avec laquelle celui-ci la met en pratique – elle n’est pas sans rappeler, d’ailleurs, la figure du capitaine Nemo[11]. Aux errements des violences anarchistes, Verne oppose donc la noblesse de l’anarchisme individualiste. Point d’amalgame, chez lui, entre idéalistes et terroristes. Sans doute répugnait-il à confondre un Élisée Reclus[12], son ami, avec un Ravachol ou un Vaillant. Sans doute même n’était-il pas exempt de sympathies anarchistes : on a relevé, par exemple, qu’il ne se rallia pas sans réticence au deuil de Sadi Carnot[13]. Quoi qu’il en soit, l’opposition des frères Merritt et du Kaw-djer sur la question du pouvoir participe d’un traitement dialectique de l’anarchisme. La présence d’un maître au cœur de la problématique appellait assurément une démarche hégélienne – Jules Verne ne s’y est point trompé : sa démarche, formellement orthodoxe, procède par affirmation, négation, puis négation de la négation. L’affirmation, ici, est reprise de Proudhon : pas de maître ! La négation est dans l’ambition des frères Merritt : se désirer maîtres. Il revient au Kaw-djer de représenter la négation de cette négation, d’opérer la synthèse si l’on préfère, en acceptant d’assumer le pouvoir sans jamais l’avoir recherché, sans l’aimer, et en gouvernant au rebours de ses options idéologiques. Il n’y consent, en effet, que sous les pressions répétées de M. Rhodes, par pragmatisme aussi, et devant l’enthousiasme que sa volonté d’indépendance nationale soulève dans la population hostelienne (xvi ; 187). En Magellanie n’est pas le récit d’un reniement de l’anarchisme, c’est un apologue dans lequel Jules Verne, après avoir souligné le danger que représentent les idéologies modernes, suggère qu’il convient, pour s’en prémunir, de faire exercer le pouvoir par des hommes de conviction qui n’en approuvent aveuglément l’exercice. Eux seuls, pourvu qu’ils disposent de la force de caractère nécessaire, sont capables à ses yeux d’« administrer » (xiii ; 151) sainement un état, c’est-à-dire de « gouverner au nom de tous et dans l’intérêt de tous... » (ibid.). Jules Verne se fait ainsi le chantre d’une nouvelle voie politique, teintée de poésie : la politique oxymorique, qu’il pratiquait depuis bientôt dix ans, à Amiens, en qualité de conservateur républicain.

 

 


[1]. À Monaco, Hetzel possédait la Villa Auguste ; Verne y séjourna à plusieurs reprises. À Antibes, Adolphe d’Ennery habitait la superbe Villa des Chênes-verts, où Verne le rencontra, sans plaisir il est vrai, pour travailler à l’adaptation théâtrale du Tour du monde en quatre-vingts jours (voir CHELEBOURG C., « Contre d’Ennery », BSJV, n° 75, 3e trim. 1985. pp. 230-232).

 

[2]. Sur le comportement de Verne lors de cette élection, puis au conseil municipal d’Amiens, je tire mes informations de l’excellent article de COMPÈRE Daniel, « M. Jules Verne conseiller municipal », L’Herne, n° 25, Jules Verne, Paris, L’Herne, 1974. pp. 127-140.

 

[3]. Progrès de la Somme du 8 mai, Journal d’Amiens du 9 mai.

 

[4]. Roman publié en 1895, rédigé du 17 mars au 17 octobre 1893. Voir GONDOLO DELLA RIVA Piero, « Les Dates de composition des derniers Voyages extraordinaires », BSJV, n° 119, 3e trim. 1996. pp. 12-14.

 

[5]. La pagination indiquée est celle de l’édition du Club Rencontre (Paris, Hachette, 1971).

 

[6]. Voir GONDOLO DELLA RIVA Piero, « Les Dates de composition des derniers Voyages extraordinaires » (loc. cit.).

 

[7]. La pagination indiquée est celle de l’édition originale (Paris, Société Jules Verne, 1987).

 

[8]. DUROSELLE Jean-Baptiste et GERBET Pierre, Histoire 1848-1914, Paris, Nathan, 1961. p. 231.

 

[9]. ZELDIN Theodore, Histoire des passions françaises 1848-1945, 4. Colère et politique, Paris, Recherches, « Points », 1981. p. 470.

 

[10]. Bulletin municipal de la ville d’Amiens, 21 janvier 1891.

 

[11]. Je pense, notamment à ce passage : « Mais M. Rhodes comprenait bien que ce n’était pas sans motifs graves qu’un tel homme avait rompu avec l’humanité, et le mot de cette étrange et mystérieuse existence lui échappait encore. » (M, xi ; 3131).

 

[12]. Exilé en Suisse à la suite de sa participation à la Commune, Élisée Reclus y avait fréquenté les amis de Bakounine et s’était converti aux thèses anarchistes. Voir ZELDIN T., op. cit., p. 471. On trouvera chez Jean Chesneaux une intéressante remarque sur les relations possibles de l’idéologie anarchiste avec les conceptions de la géographie véhiculées par les œuvres de Reclus comme de Verne : CHESNEAUX J., Jules Verne. Une lecture politique, Paris, François Maspero, « FM/Fondations », 1982 [1re éd., 1971]. p. 91 et note 48.

 

[13]. Lorsqu’un conseiller municipal proposa, en signe de deuil, de lever la séance au cours de laquelle devait être traitée la question de la délégation que la ville enverrait aux obsèques du Président de la République, Jules Verne protesta, toujours au nom du sens pratique : « Il faut toujours nommer aujourd’hui la délégation chargée de représenter la ville d’Amiens aux obsèques ». Voir Bulletin municipal de la ville d’Amiens, 27 juin 1894. p. 228.