L’interculturel ou la guerre

 

Issa Asgarally




Qu’est-ce que l’interculturel ?


Permettez-moi d’abord de rappeler ce que c’est que l’interculturel pour moi. J’examinerai ensuite quelques-uns de ses constituants dans l’espoir d’apporter un éclairage sur le processus d’intégration / exclusion qui sera au centre de vos interrogations lors de ce colloque organisé par l’ORACLE. Après l’un des siècles les plus meurtriers de l’Histoire, avec ses deux guerres mondiales, ses multiples génocides et ses innombrables massacres en tous genres, après le constat que la technologie de la mort a « progressé » et non l’art de vivre ensemble, que la culture ne nous préserve nullement de l’horreur et peut être associée à des actes inhumains, il nous faut d’urgence une nouvelle manière de voir et d’agir. C’est tout l’enjeu de l’interculturel. Que la culture n’alimente plus la violence et la guerre, mais qu’elle nous aide à vivre ensemble.

C’est une nouvelle manière de concevoir l’identité, de transcender le multiculturalisme, de promouvoir le véritable échange entre les cultures, de penser et de formuler les expériences historiques, de refuser la thèse du « choc des civilisations », de désamorcer la « guerre des langues », d’analyser les relations entre la culture, l’information et la communication à l’heure de la mondialisation, de construire des passerelles entre les littératures du monde, de former et de développer la pensée critique grâce à l’apport de la philosophie, d’explorer la dimension culturelle et non cultuelle du religieux. Et, finalement, d’introduire cette nouvelle manière de voir et d’agir à l’école, espace commun de rencontre et de vie. Une telle perspective renferme, on le voit, les sens anthropologique et esthétique de la culture, c’est-à-dire, d’une part, l’ensemble des coutumes, des modes de vie d’un peuple, d’autre part, la peinture, la sculpture, la musique, la danse, le théâtre, la littérature, l’histoire.

Quels sont les fondements de l’interculturel ? Il s’agit de revenir sur les divisions et les conflits qui ont nourri pendant des décennies l’hostilité et la guerre, de les concevoir autrement. Non pas de réduire la différence, car force est de reconnaître le rôle constitutif des différences naturelles et culturelles dans les relations humaines. Mais de remettre en question l’idée que la différence implique nécessairement l’hostilité, un ensemble réifié et figé d’essences antagonistes, et une connaissance réciproque, construite sur cette opposition, qui considère l’autre comme un adversaire.

Il s’agit aussi de concevoir autrement la société et les rapports entre les individus et les groupes pour éviter que la lutte démocratique pour le droit à la différence ne mène à la légitimation des processus de segmentation et de fragmentation. L’interculturel, c’est représenter « l’autre » de façon acceptable, l’étude d’autres cultures et d’autres populations dans une perspective qui soit libertaire, donc ni répressive ni manipulatrice. C’est un véritable enjeu de civilisation. La finalité est de « désapprendre l’esprit spontané de domination », c’est-à-dire d’inventer une attitude à peu près inédite, car dans ses rapports avec des cultures autres, les cultures les plus avancées n’ont le plus souvent proposé à l’individu que l’impérialisme, le racisme et l’ethnocentrisme. L’interculturel peut et doit contribuer à la solution de la crise actuelle en proposant des analyses de l’opinion établie, des mythes et des stéréotypes qui sont devenus à la fois les symptômes et la cause de la situation actuelle.


Concevoir l’identité autrement


Lorsqu'un individu naît, il se développe, certes, dans un univers culturel qui a déjà ses propres codes, ses références et qui influencent dans une large mesure son identité. Mais la construction identitaire participe d'un processus dynamique. L’individu construit son identité avec des appartenances collectives imposées, d'autres librement choisies, et aussi d'autres qu'il rejette. Contrairement à ce que certains militants ou groupes de pression, voire même certains intellectuels, revendiquent, l'identité humaine n'est ni naturelle, ni stable. Cette définition de soi et des autres est le fruit non pas d’un simple exercice mental, mais d'un processus historique, social, intellectuel et politique élaboré. La construction d'une identité est liée à l'exercice du pouvoir dans chaque société, et n'a rien d'un débat purement académique. Nous ne subissons pas qui nous sommes, nous ne l'héritons pas, mais nous le construisons ensemble sans cesse, et nous le faisons tous ensemble, avec tous les conflits que cela implique. Notre identité, c’est l’intersection, changeante dans la durée, de cette variété d’appartenances. Michel Serres a raison : l’identité est un manteau d’Arlequin, que nous cousons et tissons sans cesse, qui est plus libre et souple que la carte de nos gènes.

Il ressort donc qu’aucune des appartenances d’un individu ou d’un groupe d’individus ne doit être perçue comme étant menacée, persécutée. Si un individu ou un groupe d’individus pense ou constate que l’une de ses appartenances est menacée, il a souvent tendance à se reconnaître dans cette appartenance-là. Parfois, quand il ne se sent pas la force de la défendre, il la dissimule au fond de lui-même, où elle reste tapie dans l’ombre, attendant le moment de prendre sa revanche. Mais qu’il l’assume ou qu’il la cache, qu’il la proclame discrètement ou de façon ostentatoire, c’est à elle qu’il s’identifie. L’appartenance qui est en cause?la couleur, la religion, la langue, la classe?envahit alors l’identité tout entière et écrase les autres appartenances. Elle devient une identité « meurtrière », pour reprendre le mot d’Amin Maalouf. L’exclusion de groupes jugés « minoritaires » est à l’origine de ces identités meurtrières, sources de violence. Je cite ces fortes paroles de J.M.G. Le Clézio à propos de l’identité. Elles datent de 1999 :


La grande question de l’identité se pose à chacun de nous tôt ou tard. Doit-on construire son identité sur une territorialité, sur une communauté historique, sur une caractéristique tribale ou culturelle? Alors se multiplient les barrières, les exclusions. C’est concevoir une littérature qui serait seulement au service d’une seule communauté, et qui ne pourrait que relater le chronique d’une expérience particulière. Comment pourrait-on lire Proust sans être né à Paris, Faulkner loin du comté de Yoknapathawpa (Mississippi) ? Les exemples récents nous ont montré les dangers de l’exclusion, et les horreurs que peuvent générer le nationalisme et la confiance aveugle dans la pureté ethnique, ou dans un intégrisme religieux.

C’est d’une autre identité qu’il doit être question aujourd’hui, à la veille d’un nouveau millénaire. Une identité qui permettrait de conjuguer la spécificité culturelle de chacun et les grandes exigences de la fraternité humaine, à propos de l’injustice, des abus de l’enfance, des mauvaises conditions réservées aux femmes, à propos des guerres modernes dont les premières victimes sont civiles, à propos du déséquilibre économique mondial et de ces nouvelles frontières intérieures dressées contre la pauvreté, à propos des dangers que les puissances industrielles font courir à l’environnement.


Transcender le multiculturalisme


Le multiculturalisme est représenté à Maurice par les slogans Unité dans la diversité, Nation arc-en-ciel, etc. C’est une simple juxtaposition, une mosaïque des cultures, des modes de vie. Bien sûr, dans des pays pluriethniques, comme l’île Maurice, colonisés pendant des siècles par les puissances européennes, le multiculturalisme est un acquis, car c’est une grande réalisation que d’avoir préservé les diverses cultures des pays de peuplement contre vents et marées.

Cependant, le multiculturalisme, qui est de loin préférable à l’affrontement inter-ethnique ou à la guerre civile, ne saurait suffire en ce début de siècle. Nous ne pouvons plus nous en contenter car il peut devenir l'antichambre de l'ethnicisme. Dans une perspective multiculturelle, l’unité nationale devient « la somme totale de toutes les gratifications ethniques. » Le risque du multiculturalisme est de mettre des gens dans des boîtes et d'ethniciser notre vision de la société. On réduit « la personne à une catégorie et l’individu à un collectif ». Et on assigne des « représentants » à ces collectifs qui sont seuls habilités à parler de leurs « cultures » respectives. Le champ est alors libre pour que les fanatiques de tous poils imposent des « identités meurtrières ».

Si elle reste au stade du multiculturalisme, ces nouveaux dangers risquent de mener la société mauricienne à la dislocation, la guerre civile. Déjà, en 1968, peu avant l’accession de Maurice à l’indépendance, des bagarres dites raciales avaient opposé les habitants de confession musulmane de Plaine Verte, une banlieue au nord de la capitale, à ceux de confession chrétienne de Roche Bois, une banlieue voisine. L’ordre et la paix furent rétablis par les troupes britanniques. Pas plus tard qu’en février 1999, le sentiment d’injustice ressenti après la mort en cellule policière d’un chanteur populaire–accusé d’avoir fumé du haschisch en public–a mené rapidement le pays au bord d’un affrontement inter-ethnique, cette fois entre les habitants de confession hindoue et ceux de confession chrétienne. L’arc-en-ciel s’est estompé puisque c’est sa nature même d’être éphémère. La mosaïque a volé en éclats, révélant sa fragilité. Au fond, lorsque des gens vivent dans des compartiments mentaux–et parfois physiques, car les ghettos existent–, lorsqu’ils voient la société en termes de « tribus » ou de « communautés », avec des chefs dûment accrédités, les sentiments d’injustice et de frustration deviennent très vite les catalyseurs de l'explosion sociale. C’est sans doute la raison pour laquelle les plus vigoureuses remises en cause du multiculturalisme se font dans des pays où il est institutionnalisé, par exemple, le Liban et la Grande-Bretagne.

Ce n’est pas pour rien que l’auteur des Identités meurtrières est libanais de naissance. Il sait bien de quoi il parle ! Pour préserver la « diversité culturelle », la formule libanaise a reposé sur le système de quotas. Le partage du pouvoir entre communautés avait pour finalité, disait-on, de réduire les tensions. Mais la logique du système allait dans une tout autre direction : chaque communauté voulait avoir une plus large part du « gâteau » et se croyait victime d’injustice si l’État ne le lui accordait pas. Ce ressentiment ne fit qu’exacerber les tensions. Sur le plan culturel, ce système finit par affaiblir le sentiment d’appartenance à la communauté nationale et favoriser la transformation des appartenances communautaires en « identités de substitution » qui ne tardèrent pas à devenir meurtrières.

L’interculturel consiste à privilégier l’unité fondamentale des hommes et des femmes en tant qu’êtres humains avant d’explorer leur différence incontournable. Le multiculturalisme est la démarche inverse. On privilégie la différence pour ensuite appeler à l’unité, d’où le slogan : « unité dans la diversité ». S’il fallait trouver un slogan pour l’interculturel, il faudrait retourner le premier comme un gant : « diversité dans l’unité ! »

En fait, si certaines cultures ont fermé les yeux sur le meurtre, l’humiliation physique, c’est peut-être parce qu’elles restreignent le concept de l’Autre à ceux de leur propre tribu ou groupe ethnique et considèrent les marginaux comme n'étant pas humains. La prise de conscience que l’étranger est un être humain comme nous, la reconnaissance de son importance–car c’est lui, son regard qui nous définit, Hannah Arendt disait que « l’absence d’autrui [nous] prive d’existence »–, la nécessité de respecter chez lui des besoins identiques aux nôtres, sont le fondement de l’interculturel. C’est donc une véritable gageure. Il s'agit de cultiver chez chaque individu un sens commun d'appartenance, tout en respectant son autonomie et ses différences culturelles légitimes. En d'autres termes, promouvoir des identités culturelles plurielles sans affaiblir la précieuse identité d'une citoyenneté partagée. Si on échoue, et je ne parle pas seulement de Maurice, mais du monde, l'avenir sera encore plus violent. Ce sera la dislocation des sociétés multiculturelles. A Maurice, nous en avons eu une idée en 1968 et en 1999 !


Promotion du véritable échange entre les cultures


Que sont les cultures ? Elles ne sont pas des biens que l’on possède, comme les voitures ou les chaussures. Elles sont dans un état de développement continu et de changement dynamique, tout en maintenant des interactions constantes avec les autres cultures. Ce sont des configurations multipolaires aux frontières mouvantes. Voilà pourquoi l’interculturel voit les différentes cultures non pas comme des concurrentes pour le titre de « la plus grande » ou de « la plus développée », mais plutôt comme les mouvements d’un Tout majestueux, symphonique, l’histoire de l’humanité dans toutes ses variations et ses divergences. Il s’agit de reconnaître que toutes les cultures sont elles-mêmes plurielles et représentent un dialogue permanent entre différentes traditions et différents courants de pensée. L’échange interculturel permet de les explorer, puis de se les approprier individuellement ou collectivement. Je vous rappelle que J.M.G. Le Clézio a déclaré le samedi 6 décembre 2008, lors d’une conférence de presse au Grand Hôtel de Stockholm : «  Toutes les cultures doivent communiquer entre elles, il ne doit pas y avoir de culture dominante. Il y a beaucoup de cultures dans le monde qui sont réduites au silence. Je suis un peu un militant de l’interculturel. »


Reformuler les expériences historiques


Dans le domaine de l’histoire, l’interculturel consiste à repenser et à reformuler les expériences historiques qui ont été autrefois fondées sur la séparation géographique des peuples et des cultures. Par exemple, le Levant, qui a été longtemps représenté comme un champ de bataille entre Arabes et Juifs, peut devenir une aire de culture méditerranéenne commune aux deux peuples. Des domaines dont on croyait qu’ils ne concernaient qu’un peuple, un sexe ou une classe sont ainsi soumis à un nouvel examen qui montre que d’autres sont impliqués.

L’approche interculturelle en matière d’histoire consiste aussi à opposer une vision différente à celle jusqu’ici dominante dans une société donnée. La vision des Croisades est euro-centrée, biaisée, exclusive : de braves chevaliers volant au secours de Chrétiens en Palestine et combattant les méchants Sarassins. Pourtant, on peut « raconter l’histoire des croisades telles qu’elles ont été vues, vécues et relatées dans 'l’autre camp', c’est-à-dire du côté arabe, en sollicitant exclusivement les témoignages des historiens et chroniqueurs arabes de l’époque. Ces derniers ne parlent pas de croisades, mais de guerres ou d’invasions franques ». Leurs écrits constituent autant de « références permettant d’aller plus loin dans la connaissance de cette autre vision. » Je tiens à signaler ici, dans le domaine de l’Histoire, une étude magistrale de Shlomo Sand, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Tel-Aviv (Comment le peuple juif fut inventé ), qui éclaire la complexité et le danger du processus d’intégration / exclusion.


L’antisémitisme moderne prospéra dans l’ensemble du monde européen évolué, revêtant cependant, en Europe occidentale et méditerranéenne, comme sur le continent américain, des formes et un caractère entièrement différents de ceux qu’il adopta en Europe centrale et orientale. Ce sont précisément les écueils culturels rencontrés au cours du processus de construction des nations qui ont fait du dislike of the unlike historique un élément profond de la nouvelle politique de masse démocratique ; toute expression d’une différence, quelle qu’elle soit (couleur de peau, dialecte linguistique ou pratique d’une foi à part), aiguillonnait les porteurs d’une conscience nationale naissante, qui éprouvaient des difficultés à s’autodéfinir et à se déterminer en tant que collectivité délimitée et distincte. Il était nécessaire, en raison du niveau d’abstraction exigé par la construction des représentations de la nation, de distinguer de façon catégorique et ferme ceux dont on déciderait qu’ils en seraient exclus. La nation fut donc imaginée comme une famille élargie dont les membres étaient unis par les liens du sang et dont l’origine remontait aux temps anciens ; il était dès lors possible, voire opportun, que le voisin le plus proche en constitue également l’ennemi le plus menaçant. Dans la mesure où des siècles de culture chrétienne avaient identifié le croyant juif comme l’autre par excellence, il était facile pour les nouvelles identités collectives de prendre appui sur la tradition ancienne afin de faire du juif un utile point de repère permettant de circonscrire les frontières du nouveau nous national.


Pour résumer, l’antisémitisme, étape importante de la construction de la nation allemande, consistait à exclure the unlike, ceux qui sont différents, les Juifs, afin d’auto-définir, de délimiter les frontières de la nation. L’intégration est ici indissociable de l’exclusion.


Les intellectuels sionistes, de même que les autres adeptes de la conception nationale dans la région, eurent besoin, afin de s’autodéfinir, d’adhérer à une identité ethnoreligieuse ou biologique. Pour rassembler et relier entre elles des communautés juives principalement composées d’une population devenue non croyante et dont les langues et les coutumes laïques étaient polyphoniques et différaient selon les lieux, il était impossible de se fondre sur des modèles de comportement puisés dans un présent vivant et populaire pour en tirer une culture moderne homogène. Il fallait au contraire rayer d’un trait les distances ethnographiques existantes, oublier les histoires spécifiques et se tourner résolument vers l’arrière, vers une Antiquité mythologique et religieuse. […] Le judaïsme a donc cessé, aux yeux du sionisme, d’être une culture religieuse riche et variée, pour devenir un peuple circonscrit, aux frontières déterminées, comme le Volk allemand ou le naro’d polonais et russe : celle de constituer un peuple nomade sans aucun lien d’appartenance avec les territoires dans lesquels il réside. En ce sens, le sionisme est, d’une certaine façon, une représentation en creux du phénomène de la haine des juifs qui accompagna la cristallisation des entités nationales d’Europe centrale et orientale. Le sionisme fut, dès ses débuts, un mouvement national ethnocentriste qui délimita parfaitement le peuple historique conçu dans son imaginaire et exclut toute possibilité d’intégration civique volontaire à la nation qu’il entreprit d’élaborer dans son programme. Le fait de quitter le peuple était également considéré comme un péché irréparable : l’assimilation devint aux yeux du sionisme une catastrophe, un danger existentiel qu’il fallait éviter à tout prix.


Ainsi, le sionisme reproduit le mécanisme de l’antisémitisme. Pour délimiter les frontières de la « nation » juive, malgré les différences entre les Juifs, il a fallu exclure les non-Juifs. On exclut pour pouvoir intégrer. C’est le propre des mouvements ethnocentriques. Et puisqu’il est question de « l’ethnie », permettez-moi de citer encore une fois Shlomo Sand, qui décrit l’instrumentalisation de cet avatar de la notion de « race » :


Après le rejet catégorique du concept de « race » à la suite des événements de la première moitié du XXème siècle, qui fut une période particulièrement meurtrière, divers historiens et chercheurs mobilisèrent le terme plus respectable « d’ethnie » afin de ne pas perdre le contact intime et étroit avec le passé englouti.

De trop nombreux auteurs se sont servis et se servent encore de ce concept avec une excessive facilité et souvent avec une irresponsabilité intellectuelle surprenante. Il est vrai que certainns y voient une sorte d’entité historique prémoderne, agglomérat d’énoncés culturels communs incontrôlables venus du passé, et qui, malgré sa désintégration, continue d’exister dans le présent sous des formes différentes… D’autres, cependant, assez nombreux également, trouvent dans l’idée d’ethnie la possibilité de réintroduire subrepticement la conception essentialiste et une vision raciale du peuple qui, aux XIXème et XXème siècles, avait tant raffermi les tenants d’une identité nationale alors fragile.

Nulle liste ne pourra être présentée aux élections si, par ses objectifs ou par ses actes, elle implique, explicitement ou implicitement, l’un des faits suivants : (1) La négation de l’existence de l’État d’Israël en tant qu’État du peuple juif… Loi fondamentale, « La Knesset », article 7A, 1985.

La mythologie de « l’ethnie » juive qui se voit comme un ensemble historique fermé sur lui-même, qui a toujours, prétendument, empêché la pénétration d’étrangers et doit par conséquent persister dans cette voie, coule dans les veines de l’État d’Israël et menace de le désagréger de l’intérieur. La préservation d’une identité « ethnique » close, l’exclusion et la discrimination d’un quart de la population civile du pays, Arabes et autres citoyens qui ne sont pas considérés comme juifs d’après la loi religieuse et « l’Histoire », créent des tensions incessantes qui, dans un avenir indéfini, sont susceptibles de se transformer en scissions violentes, difficiles à ressouder.


Dans une revue de presse de Après le colonialisme : les conséquences culturelles de la globalisation d’Arjun Appadurai, qui postule que nous sommes entrés dans l’ère du post-national, marquée par la déterritorialisation des personnes, des images et des idées, l’érosion permanente de l’État-nation, je faisais une réserve précisant que le « post-national » porte parfois le poids du national, et tend alors à se confondre avec le transnational.


S’agit-il de penser la nation au-delà des frontières physiques de l’État-nation, de créer des tribus planétaires ? Dans ce cas, les « ethnonationalismes » risquent de céder la place aux « ethnointernationalismes » ! S’il est vrai que des réseaux ou des mouvements de résistance et de solidarité se créent de plus en plus au-delà des frontières nationales, il importe de s’interroger sur leurs finalités.


A ma grande surprise, j’apprends en lisant Shlomo Sand qu’avec la création de l’Union européenne et l’affaiblissement des États-nations en Europe, l’ethnicisation s’est développée au sein des institutions communautaires juives de Londres et de Paris, et qu'Israël retire des bénéfices de l’existence même de « l’ethnie » outre-mer, toujours prête à le financer, et y puise des forces :


Et si le statut de l’État tout-puissant du XXème siècle a décliné et s’est relativement affaibli, la recherche de sous-identités, qu’elles soient néoreligieuses, régionales, ethnicistes, communautaires ou même liées à des sectes, est devenue une caractéristique marquante du changement dans le tissu morphologique du monde nouveau, métamorphose dont il est encore difficile de discerner le sens.


Refuser le choc des civilisations


Ceux qui, comme Samuel Huntington, annoncent le face-à-face des civilisations et défendent la notion incroyablement naïve et délibérément réductrice que les civilisations ne sont identiques qu’à elles-mêmes, semblent oublier tout ce que les historiens et analystes culturels savent de la genèse et du développement des civilisations et des cultures, et de la manière dont les définitions de ces cultures sont elles-mêmes si contestées.

La plus grande faiblesse de la thèse du face-à-face des civilisations est la séparation rigide qu’elle suppose entre civilisations, malgré la preuve accablante que le monde d’aujourd’hui est en fait un monde de mélanges, de migrations, de traversées de frontières. Aucune culture ou société n’est purement et simplement une. C’est la réalisation de cette réalité qui est à l’origine d’une des crises majeures touchant des pays comme la France, la Grande-Bretagne et les États-Unis. Des minorités assez importantes–les Nord-africains en France, les populations africaines, caribéennes et indiennes en Grande-Bretagne, des éléments asiatiques et africains aux États-Unis–contestent l’idée que des civilisations qui se flattent d’être homogènes puissent continuer de le faire. Il n’existe pas de cultures ou de civilisations isolées. Toute tentative de les séparer, de les mettre dans des compartiments étanches, comme le fait Huntington, porte préjudice à leur variété, à leur diversité, à la complexité manifeste de leurs éléments, à leur hybridité radicale. Plus nous insistons sur la séparation des cultures et des civilisations, plus nous nous trompons sur nous-mêmes et les autres. La notion d’une civilisation exclusive semble impossible.

Par ailleurs, si nous divisons la réalité humaine–qui, en effet, semble authentiquement divisée–en cultures, histoires, traditions, sociétés, et même races, nous devrons continuer à vivre en assumant humainement les conséquences de cette division. Quel moyen alors d’éviter l’hostilité exprimée par la division des hommes, peut-on dire, entre « nous » (les Occidentaux) et « eux » (les Orientaux) ? Car ces divisions sont des idées générales dont la fonction, dans l’histoire et au présent, est d’insister sur l’importance de la distinction entre certains hommes et certains autres, dans une intention qui d’habitude n’est pas particulièrement louable. En outre, les distinctions ne restent pas longtemps les simples constats qu’elles se prétendent au départ. Très vite, elles se mordent la queue, comme le souligne avec raison Edward Saïd :


Quand on utilise des catégories telles qu’« Oriental » et « Occidental » à la fois comme point de départ et comme point d’arrivée pour des analyses, des recherches, pour la politique, cela a d’ordinaire comme conséquence de polariser la distinction; l’Oriental devient plus oriental, l’Occidental plus occidental, et de limiter les contacts humains entre les différentes cultures, les différentes traditions, les différentes sociétés.

Cette démarche a été représentée hier par Rudyard Kipling et son fameux East is East, West is West, Never the twain shall meet : « L’Orient est l’Orient, l’Occident est l’Occident, jamais les deux ne se rencontreront». Elle l’est aujourd’hui par Samuel Huntington et son Clash of civilisations. Au fond, bien qu’il s’en défende, la thèse de Huntington montre une forme de multiculturalisme à l’échelle mondiale. Il ne veut pas que le monde soit comme l’Amérique. Et il ne veut pas non plus que l’Amérique soit comme le monde. Ce qu’il veut, c’est que l’Amérique garde son « identité occidentale », c’est-à-dire mono-culturelle, et que les autres États phares et les États qui leur sont « apparentés » gardent chacun sa civilisation spécifique. Le multiculturalisme à la Huntington, c’est un monde de mono-culturalismes, plus précisément sept, avec cependant l’Occident (l’Amérique et l’Europe) au sommet de la hiérarchie…

La question fondamentale est donc de savoir ce que nous voulons en fin de compte. Voulons-nous privilégier les distinctions entre les hommes et œuvrer pour des civilisations séparées ? Ou voulons-nous suivre la voie plus inclusive, mais peut-être plus difficile, consistant à essayer de voir les civilisations comme des « configurations multipolaires aux frontières mouvantes » qui, de ce fait, formeraient un vaste ensemble dont les contours exacts sont impossibles à saisir par une personne, mais dont l’existence certaine peut être perçue intuitivement et éprouvée ?


Désamorcer la guerre des langues


Si le plurilinguisme a caractérisé la communication linguistique entre les hommes, il a en même temps été associé à la péjoration. Les hommes hiérarchisent les différences, ils considèrent la langue de l’autre comme inférieure (dans le cas général), moins « riche », voire comme non-langue (dans le cas des Grecs). Comme le rappelle Louis-Jean Calvet, ils ont dès l’origine posé les fondements d’une guerre des langues que les idéologies religieuses ou civiles ont ensuite entretenue. Guerre toute théorique, au départ, mais qui prendra des directions diverses et sera reprise de façon plus concrète par les appareils d’État. Guerre des langues qui nous apparaît donc comme liée au plurilinguisme même : là encore, l’homme accepte mal la différence.

Il faut reconnaître que cette guerre des langues est souvent entretenue par un concept qui n’a aucun fondement dans les faits : celui de « communauté linguistique ». Déjà, la façon dont les linguistes le définissent est si variée, parfois même contradictoire, qu’il importe de s’interroger. Tel locuteur mauricien parle quatre langues : le bhojpuri (langue originaire de la province du Bihâr, en Inde), le créole mauricien, le français et l’anglais. Quelle est sa « communauté linguistique »? La gestion quotidienne de son plurilinguisme indique qu’il appartient à plusieurs « communautés linguistiques » (bhojpuriphone, créolophone, francophone et anglophone). Ne vaut-il pas mieux dire qu’il appartient à une « communauté sociale », l’île Maurice ou sa localité, dans laquelle, selon les moments de la journée, selon ses occupations, selon à qui il parle, où il parle, il utilise dans son répertoire linguistique la langue qui convient à la situation ? Dans le cadre étroit du multiculturalisme, l’on assigne d’habitude ce locuteur à une communauté linguistique. Cette répartition des individus dans des communautés linguistiques spécifiques ouvre alors la voie à l’affrontement... J’ouvre ici une parenthèse pour citer R. Stevenhagen qui rapporte un épisode éclairant sur l’ambiguïté du processus intégration / exclusion dans le domaine linguistique :


Bien que les missionnaires aient joué un rôle crucial dans l’étude des langues indigènes, le Summer Institute of Linguistics, une Église protestante américaine opérant au Mexique, a été impliqué dans des programmes bilingues de transition dont l’objectif était la suppression graduelle des langues maternelles. Au Pérou, dans les années 1980, le gouvernement de droite intervint, avec le soutien du Summer Institute, pour supprimer graduellement la langue Quechua tout en procédant à la conversion de ces communautés au Christianisme.


Parfois, l’intégration est pire que l’exclusion : c’est l’annihilation d’une langue et d’une culture !


Former et développer la pensée critique par l’apport de la philosophie


La philosophie aurait dû être le champ par excellence de l’interculturel. Elle ne l’est pas. Dans le texte de J.M.G. Le Clézio que j’ai lu avant mon intervention, le prix Nobel de littérature dénonce « l’oubli » par l’Occident des philosophies non-occidentales. Je m’empresse de soutenir ce qu’il avance. En France, l’un des rares pays où la philosophie est une matière obligatoire à la fin du cycle secondaire, l’Inde n’existe pas dans la plupart des livres de classe. La Chine est absente, la Perse est ignorée, le Japon demeure inconnu, les noms arabes aussi bien que les noms juifs ont dû paraître imprononçables. Comme l’écrit Roger-Pol Droit, la philosophie est supposée–ou affirmée–grecque par sa naissance, européenne par son développement, occidentale par essence... Pourtant, de Sankaracharya à Lao-Tseu en passant par Al-Ghazali, maints pays ont donné au monde des philosophes : il existe des traités de logique sanskrits, des analyses classiques chinoises du pouvoir, une ontologie de la lumière chez les platoniciens de Perse. Et il est donc permis de se demander avec Roger-Pol Droit : « A quand un texte conceptuel d’Asie ou du Moyen-Orient commenté au baccalauréat ? »


L’interculturel, ce n’est pas n’importe quoi !


Maints dangers menacent le concept et la pratique de l’interculturel. Le premier, c’est que le succès de ce mot est tel qu'on risque de le coller à n'importe quoi. Tout et rien sera alors interculturel ! Comme le Tout-culturel à l’époque de Jack Lang, on aura le Tout-interculturel ! La créolité, par exemple, n’est pas l’interculturel. Pas encore. Mais elle peut y mener. Je l’avais fait ressortir dans une communication au 14ème Festival Kreol aux Seychelles. Je reprends ici la fin de cette communication :


Voilà le défi du XXIème siècle pour nous, habitants des îles de l’océan Indien et des Caraïbes: pratiquer dans les discours et dans les actes concrets une plus grande ouverture vers les autres cultures. Le monde dans sa diversité et sa richesse, doit se retrouver dans la créolité. C’est à ce prix que la créolité trouvera sa place, toute sa place, dans le monde, mais dans un monde inventé et construit comme un « nouvel espace public d’expression, de création, de citoyenneté et de travail ». Un espace où opère sans discrimination le multiple comme richesse de l’humanité, où s’articulent de manière originale le particulier et le global.


Je dois signaler que, confrontés sans doute à l’institutionnalisation de l’identité–notamment française à travers le ministère de l’Identité nationale en France–Edouard Glissant et Patrick Chamoiseau, dans Quand les murs tombent : l’identité nationale hors-la-loi ?, semblent prendre conscience enfin que la « créolité » peut devenir un nouveau « mur identitaire » si elle repose sur les « marqueurs archaïques » que sont la couleur de la peau, la langue, la religion et l’espace géographique. C’est chose faite à Maurice, où la notion de « créolité » est désormais instrumentalisée à des fins politiques et ethno-religieuses, où l’on assiste au réveil en fanfare de métaphores indigentes et de typologies inquiétantes (« Euro-créole », « Afro-créole », « Indo-créole » ou « Malbar-créole », comme le revendique un chanteur « engagé ») qui sont autant de « murs identitaires », de « marqueurs archaïques », pour reprendre les mots de Glissant et Chamoiseau…

Par ailleurs, dans un discours introductif à une conférence sur l’éducation interculturelle, en Finlande, l’on a entendu dire que « nous sommes les produits de nos cultures » ! Dans un colloque préparatoire à la création, à la Réunion, d’une institution destinée à favoriser les échanges interculturels, un des intervenants déclara que « si la raison est hellène, l’émotion est africaine » ! De tels propos, qui sont à l’opposé de l’interculturel, sont susceptibles de le compromettre. On pourrait alors reprocher à ceux qui en parlent de le définir de façon contradictoire. Si nous sommes les produits de notre culture, ne parlons plus d’interculturel ! Et si on assigne arbitrairement, comme on le faisait à l’époque coloniale, des « attributs » spécifiques (la raison, l’émotion, etc.) à des civilisations, pourquoi promouvoir leur « dialogue » ? A moins qu’on veuille « exposer » chacun de ces attributs dans un grand espace culturel ! Évitons donc de considérer l’interculturel comme un nouveau syncrétisme. Car le syncrétisme n’est pas seulement la combinaison de diverses formes de croyance ou de pratique, mais il tolère les contradictions, ce qui lui confère des relents de fascisme. L’on ne peut pas, au nom de l’interculturel, dire des choses différentes et incompatibles.

Un autre danger guette le concept de l’interculturel : figer les groupes culturels alors que la construction identitaire est permanente et dynamique. L'individu renie certaines appartenances et en adopte d'autres au cours de sa vie. D’une manière générale, le risque que courent les institutions ou centres culturels liés à une ethnie ou à un type de culture, comme il en existe à Maurice, est qu'ils pratiquent une forme de clientélisme auprès des membres de la communauté à laquelle ils sont liés. Ne minimisons donc pas le risque que l’interculturel devienne rapidement un avatar du multiculturalisme, une forme plus active. On fera l’apologie de « l’interculturel », on s’en gargarisera après avoir mis les hommes et les cultures dans des compartiments étanches ! L’interculturel n’est pas une passerelle entre des ghettos ethnico-culturels. C’est au contraire un désenclavement des cultures. Si le multiculturalisme est un état, l’interculturel, lui, est une démarche.

Encore un danger : dans « interculturel », il y a à la fois « inter »–produire du lien social, assurer la paix sociale, accéder aux règles fondatrices de la société humaine–et « culturel » : « s’enrichir par la découverte d’autres cultures ». Pourtant, l’on semble mettre l’accent sur « inter » au détriment de « culturel ». C’est ainsi que l’éducation interculturelle, dit-on clairement, n’a pas pour déclencheur à proprement parler la pluralité « culturelle », en dépit de sa dénomination, mais les processus ethniques, c’est-à-dire les croyances relatives aux origines collectives et leur mobilisation dans l’interaction sociale. Ce sont ces processus qui constituent un défi pour la cohésion sociale et la démocratie, non les cultures. Cette démarche privilégie donc les aspects ethniques plutôt que les aspects culturels. Dans ce cas, pourquoi ne pas utiliser carrément « inter-ethnique » plutôt « qu'interculturel » ? Le comble : lors d’un colloque sur l’interculturel, je me suis retrouvé seul à mentionner des noms d’écrivains, d’artistes et de philosophes !

Gardons-nous finalement de faire de l’interculturel une mode à usage décoratif pour être dans l’air du temps. On ne fait pas de l’interculturel pour le simple besoin de le faire. Ce n’est pas seulement un objet d’étude pour des thèses ou des colloques. Lorsqu’on va au fond des choses, lorsqu’on remet en question des stéréotypes, des idées reçues, l’on s’aperçoit alors que l’interculturel cristallise des oppositions vigoureuses et disparates qui ont, cependant, un point commun : elles privilégient toutes des identités meurtrières. Ainsi, les racistes de tout poil n’aiment pas l’interculturel, car ils privilégient la race, la couleur au détriment de toutes les autres appartenances identitaires. Pour les intégristes religieux, qui considèrent qu’une religion est auto-suffisante et que la culture qu’elle renferme n’a nul besoin d’interaction avec d’autres cultures, l’interculturel est une hérésie. Les intégristes politiques–lorsque ce ne sont pas les mêmes !–dénoncent l’interculturel puisque, pour eux, la vie n’est qu’une longue suite d’affrontements impitoyables pour le pouvoir et l’autorité. Si l’on se souvient du fait que les racistes sont incarnés par Hitler et ses six millions de morts dans les camps de concentration, les intégristes religieux par l’Inquisition et ses innombrables bûchers, et les intégristes politiques par Pol Pot et ses deux millions de victimes dans les camps de la mort, on peut être rassuré sur la pertinence de l’interculturel qui suscite un assemblage de tels opposants, tous agents notoires de la souffrance et de la mort…

 

Conclusion


Toute perspective interculturelle doit comprendre quelques points fondamentaux. Je les ai rappelés. Mais avant-tout, il faut insister sur l’étroite association de l’interculturel à la justice sociale et économique, à la démocratie, aux « grandes exigences de la fraternité humaine ». L’interculturel peut apporter cette révolution de la pensée et de notre vision du monde. Aujourd'hui, la question philosophique qui devrait se poser à tout être humain, est de choisir entre l’échange interculturel, c'est-à-dire, la reconnaissance du fait que nous sommes tous parents, tous différents, et le conflit. Autrement dit, c'est l'interculturel ou la guerre ! Ce qui se passe dans le monde nous montre bien que l'être humain est pris dans un tel dilemme. Je cite J.M.G. Le Clézio : « Si nous ne réalisons pas, maintenant, l’interculturel sur cette planète qui est notre île à tous, préparons-nous à voir nos enfants entrer dans la guerre. »


Issa ASGARALLY1




__________________



1 Issa Asgarally est docteur en Linguistique et se passionne autant pour la Littérature (Italiques, Poèmes d'amour du monde), la Sociologie (Étude pluridisciplinaire sur l'exclusion à Maurice), l'Histoire (De l'esclavage), que pour l’Éducation (Éducation et culture à l'aube du troisième millénaire et l'audiovisuel, Passerelles, Pour une histoire de la télévision publique à Maurice).