Introduction 


(Elizabeth Hoffman et Claude Féral)


Le colloque « Genre et gouvernance ? l’égalité femmes-hommes dans la décentralisation administrative, la participation politique et l’éducation citoyenne » était pensé et organisé comme une manifestation multi-acteur-actrices, permettant une réflexion scientifique sur une problématique d’actualité qui croise des approches académiques avec des expériences et des positionnements de la société civile. Ce pari correspond à la nature du réseau Genre en Action qui met en lien des militant(e)s, des chercheur(e)s, des expert(e)s, des agent(e)s d’ad­minis­trations, des professionnel(le)s de la formation, des associations, des actrices et es acteurs socioéconomiques et toute autre personne morale ou physique intéressée et engagée dans la thématique « genre et développement ». Réseau francophone international, il cherche à renforcer les liens entre les francophones et d’autres sphères linguistiques, et appuie la participation francophone sur la scène internationale. Son site internet (www.genreenaction.net) valorise des ressources en français, diffuse les informations sur des évènements, des fonds, des exper­tises, des publications dans ou pour des pays francophones.

Le réseau et l’association qui le porte depuis 2010 mènent d’autres activités de publication, de repérage, de plaidoyer, de mobilisation et de recherche-action. Ce colloque international sur « genre et gouvernance » est le troisième que le réseau organise depuis sa création en 2003, les deux premiers ayant porté sur le renforcement du genre dans la recherche (2004) et sur la formation en genre (2006).

En réunissant des participant(e)s de divers horizons de l’Océan indien, de plusieurs pays africains mais aussi de France, ce colloque a permis d’approfondir la réflexion sur les thèmes « genre » et « gouvernance », l’objectif étant d’articuler les deux concepts par ailleurs sursaturés de significations, de contribuer à remplir de sens ces « mots-valises », de permettre des analyses comparatistes et de dégager des pistes de recherche, de plaidoyer et d’action. L’idée du colloque était née, dès 2007, d’échanges entre Genre en Action et le réseau Genre à Madagascar, avec une volonté de mise en perspective des enjeux malgaches, notamment à la lumière des analyses d’autres pays. Le Forum for African Women Educationalists (FAWE) Madagascar, l’Ecole Normale Supérieure de l’Université d’Antana­narivo et le Groupe de Recherches sur l’Afrique du Sud (G.R.A.S. – Laboratoire ORACLE) à la Faculté des Lettres et des Sciences Humaines de l’Université de La Réunion ont également participé à toute la réflexion préalable à ce colloque. La crise sociopolitique malgache et ses répercussions ont finalement imposé un changement de lieu.

En souhaitant rester dans l’Océan indien et sur proposition du Réseau WIN de l’Ile Maurice, le colloque a donc été déplacé sur le territoire mauricien et organisé localement par WIN. Il a bénéficié du soutien décisif de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF), du Ministère français des Affaires Européennes et Etrangères (alors principal bailleur du réseau) et du Centre d’Etudes d’Afrique Noire (CEAN) de l’Institut d’Etudes Politiques (IEP) à l’Université de Bordeaux, qui héberge le réseau et qui a fourni l’indispensable soutien organisationnel et logistique.

Outre ces actes qui présentent toutes les communications, le colloque a été l’occasion de créer d’autres « produits » réutilisables : un communiqué de presse, des pistes de conclusions et de recommandations, un bulletin de synthèse (imprimé et en ligne), des vidéos et des présentations de diaporamas sur les communications en ligne, un CD audio avec des interviews enregistrées en marge du colloque[1].

Le contenu du colloque se concentrait largement sur la sphère publique, mais ne pouvait laisser la sphère privée entièrement de côté, les interactions et les interdépendances étant trop fortes. En entendant pouvoir « politique » au sens large de cet adjectif, c’est-à-dire « qui concerne la vie de la cité », la « gouvernance » a été envisagée au sein des associations, des syndicats, des partis politiques, des groupes de pression, des structures administratives territoriales, municipales, provinciales et nationales. Afin d’être bien délimitées dans le temps, les contributions s’intéressaient au passé proche et au présent. Les perspectives étant comparatistes, avec un accent particulier, mais pas exclusif, sur l’Océan indien, on s’est intéressé autant aux femmes objets de la politique qu’aux femmes sujets de la politique, et plus généralement aux répercussions de la chose politique sur leurs vies, les rapports sociaux entre femmes et hommes, ainsi qu’aux opportunités et stratégies visant à mieux intégrer les considérations de genre dans la politique en général ainsi que dans les politiques publiques.

Dans cette perspective multi-acteur-trices, il avait été choisi d’emblée de structurer le colloque autour de trois axes pertinents pour l’analyse des enjeux de genre croisés avec ceux de gouvernance : la participation politique des femmes, la décentralisation politico-administrative, et l’éducation citoyenne et à l’égalité, comme facteurs favorisant une bonne gouvernance. En ce qui concerne la participation, le postulat de départ a porté sur le fait que la gouvernance est bonne si les processus politiques sont très inclusifs et créent des conditions pour une réelle participation, de tous et de toutes. L’expérience des mouvements de femmes et des mouvements féministes conduit à poser de nombreuses questions : quelle participation pour les femmes ? Quelle représentativité ? Comment éviter leur instrumenta­lisation ? Qu’en est-il de la participation des femmes à la démocratie élective ? Quels sont les obstacles à surmonter ? Quelles actions positives en leur faveur (quota, parité, listes zébrées, etc.) ? Quelles en sont les potentialités, les limites et les effets pervers ?

La décentralisation et la coopération décentralisée laissent espérer une meilleure gouvernance, la proximité étant censée être le gage de plus de transparence et de plus de participation, au plus près des citoyens et des citoyennes. Globalement, les femmes sont plus présentes dans les assemblées élues au niveau décentralisé qu’au niveau national. Dans la perspective d’une approche genrée de la gouvernance locale, le questionnement a porté sur la place des femmes au sein des collectivités territoriales, des politiques publiques locales et dans la coopération décentralisée, ainsi que sur la prise en compte effective des intérêts et des besoins des femmes à ces niveaux.

A l’égard de l’éducation citoyenne comme facteur de gouvernance, la question du rôle de l’éducation dans l’émergence de citoyen(ne)s acteurs et actrices de gouvernance est centrale. L’école peut être une institution de reproduction de stéréotypes sexistes et des inégalités femmes-hommes, mais elle peut aussi transmettre des valeurs plus égalitaires et aider à les mettre en pratique. Le passage d’une éducation à la citoyenneté à une éducation citoyenne soulève des questions complexes : quelles en sont les implications dans l’approche et les méthodes pédagogiques employées ? L’éducation à l’égalité femmes-hommes est-elle un facteur clé de l’éducation citoyenne ? Quels sont les atouts et les limites de l’école pour remplir ce rôle ? Les textes des communications apparaissent dans ces Actes suivant les trois axes convenus.


Ø  1 - Genre et participation


Marie-Lise Semblat et Marie Randriamamonjy introduisent cet axe en clarifiant les concepts de « genre » et de « participation » dans l’actuel contexte international des politiques de développement, en montrant à quelles conditions ils peuvent s’enrichir mutuellement.

A partir des expériences des mouvements tant « féminins » que « féministes » au Sénégal et en Afrique du Sud depuis l’avènement des démocraties parlementaires, Joëlle Palmieri montre que les femmes africaines ont progressivement noué avec leur Etats des relations très diversifiées.

Lily Razafimbelo choisit une approche systémique pour analyser la situation paradoxale du genre à Madagascar et les fondements culturels et politiques des disparités constatées. La construction de la société malgache du XXIème siècle repose sur une nouvelle approche de la participation de toutes et de tous.

Benaouda Lebdai analyse, dans une perspective comparative, la participation des femmes à la vie politique en Afrique du Sud et en Algérie, à travers les combats menés par Winnie Mandela et Djamila Bouhired.

Patricia Day-Hookoomsing présente la participation actuelle des femmes mauriciennes à la vie publique de leur pays en la plaçant dans une perspective historique.

Charles Maphasi Kumbu se focalise sur la participation politique de la femme en République Démocratique du Congo, dans le cadre de la difficile mise en application de la Résolution 1325 du Conseil de Sécurité des Nations Unies, en date du 31 octobre 2000.

Une illustration du rapport entre genre et participation en RDC est apportée par Adeline Nsimire Balika à propos du territoire de Walungu, dans la Province du Sud-Kivu, où la femme, pivot incontestable de la vie quotidienne de la communauté, est pourtant empêchée de participer aux prises de décisions importantes concernant celle-ci.


Ø  2 - Genre et décentralisation


Jeannine Ramarokoto Raoelimiadana et Elisabeth Hofmann introduisent ce thème en approfondissant les concepts de « genre », de « gouvernance » et de « décentralisation ». Elles exposent les perspectives qu’ouvre la coopération décentralisée.

Awa Guèye étudie le cadre juridique de la participation politique des femmes au processus de décentralisation au Sénégal, avant de le confronter à la réalité de la situation actuelle.

Sheila Sanoudi se penche sur la condition de la femme au Burkina Faso et analyse les raisons qui freinent sa pleine participation au pouvoir politique décentralisé.

Lala Raharinjanahary et Tsilavo Randriamahaleo rendent compte de la place et du rôle des femmes dans certains cas de politiques décentralisées dans quelques régions, districts et communes de Madagascar. L’accent est mis sur la perception d’elles-mêmes qu’ont les femmes maires, ainsi que la perception de tous ceux avec qui elles travaillent, pairs et subordonnés.

La décentralisation en Iran, en 1999, a donné lieu à la mise en place de conseils municipaux ruraux où les femmes se sont investies avec enthousiasme. Lucia Direnberger montre que ceci n’a pas fait l’unanimité.

Pauline Yao Affoue analyse la place de la femme dans le processus de décentralisation en Côte d’Ivoire.

Sophie Elizeon, Emmanuelle Rachou et Irène Stojcic commentent les résultats collectés par l’Observatoire de la parité, à l’issue des dernières élections en France, et plus particulièrement à la Réunion.

Vincent Thobi s’intéresse aux sociétés africaines modernes et traditionnelles pour évaluer l’égalité entre hommes et femmes dans les politiques actuelles de décentralisation.

Félicitée Rejo-Fienena se concentre sur la place et le rôle des femmes dans les instances décentralisées qui travaillent sur la défense de l’environnement dans les régions sud de Madagascar.


Ø  3 - Genre et éducation


C’est Mireille Rabenoro qui introduit la thématique de cet axe, en mettant en perspective la notion d’ « éducation citoyenne » et du droit des filles à l’éducation.

Paule Elise Henry présente les sessions d’éducation à la gouvernance locale et à la citoyenneté organisées au Burkina Faso.

Catarina Cardoso décrit le système éducatif du Cap-Vert et présente l’évolution positive de la situation du genre dans l’éducation.

Jeanne R. Dina Fotomanantena analyse l’action du FAWE à Madagascar pour la promotion de la femme et de la fille, par l’éducation pour le développement.

Juliette Joëlson Silasy-Raharisoa s’intéresse à l’éducation citoyenne en général avant d’analyser la situation à Madagascar.


Joséphine Yazali fait le lien entre la participation des femmes à la politique locale et l’amélioration du statut des femmes et l’éducation des filles en Inde.

Elisabeth Hofmann et Claude Féral

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[1] Pour tous ces éléments, voir :
http://www.genreenaction.net/spip.php?rubrique49.