(Jeanne R. Dina Fotomanantena)


« Promouvoir la femme et la fille par l’éducation pour le développement », c’est en nous inspirant de cette devise FAWE que nous avons voulu intituler notre intervention à ce colloque sur « Genre et gouvernance ». Cette devise est si claire que l’expliquer nous mènerait à une paraphrase. S’il y a quelque chose à dire en ce début de notre communication, c’est peut être rappeler ce qu’est le FAWE. Le Forum for African Women Educationalists est une organisation non-gouvernementale qui opère au niveau de la région Afrique. Elle regroupe les femmes africaines responsables de l’éducation des filles en Afrique et sensibles à l’équité entre les genres.

A l’origine, cinq femmes ministres de l’Education dans leurs pays, réunies lors d’une conférence internationale en Angleterre en Décembre 1991, prirent l’initiative de s’organiser pour s’occuper de l’éducation des filles en Afrique. Leur engagement a, peut-on dire, eu la chance de bénéficier de la présence de la Rockefeller Foundation, qui a promis de les accompagner. Ce qui fut effectivement le cas. Ces personnes sont Aïcha Bah Diallo de Guinée-Conakry, Alice Tiendrebeogo de Burkina Faso, Paulette Moussavon Missambo du Gabon, Simone de Comarmond des Seychelles et Viddah Yeboah du Ghana.

Au départ, le mouvement s’est d’abord adressé aux hauts responsables féminins, femmes ministres de l’Education, Recteurs, Vice-Chancellors. C’est ainsi que Madagascar fut invité à la toute première réunion qui eut lieu au centre international Rockefeller à Bellagio, en Italie, en Octobre 1992, puisqu’à l’époque, une femme dirigeait une université malgache à Toliara. Les femmes responsables qui y étaient invitées avaient pour mission de créer des antennes nationales. Actuellement le FAWE compte trente-six pays membres.


Le FAWE à Madagascar


 La première Assemblée Générale eut lieu à Toliara, en Octobre 1994. Comme pour tout début, le développement du FAWE a connu des difficultés. Celles-ci tiennent à beaucoup de raisons dont les principales sont l’excentricité de son siège national qu’on a voulu mettre à Toliara, compte tenu de l’historique que nous venons d’évoquer, mais aussi du caractère bénévole des activités. C’est la conviction des membres qui a sauvegardé le FAWE durant toutes ces années.

Ces problèmes se sont, en fait, avérés communs à toutes les grandes responsables féminines de l’Education. Mais il y eut également le problème des langues, car bien que la Direction Exécutive, basée à Nairobi, ait fait l’effort de traduire les documents, beaucoup étaient encore en anglais, ce qui ralentit la mise en œuvre des recommandations du siège.

Il a été décidé au niveau régional de recruter une coordinatrice nationale des antennes, pour disposer d’une personne disponible en permanence. Celle de Madagascar a été recrutée en Octobre 2005, en même temps que le transfert du siège dans la capitale, Antananarivo. Compte tenu du problème de langue évoqué plus haut, nous avons compté, parmi les critères de recrutement, le bilinguisme (français-anglais). On peut dire que c’est à partir de cette date que le FAWE-Madagascar a véritablement démarré.

Le FAWE veut couvrir l’ensemble du pays. Pour le moment, il a des sous-antennes au niveau des anciens chefs-lieux des provinces : Antananarivo, qui abrite par ailleurs la coordination nationale, Antsiranana, Toamasina, Fianarantsoa, Mahajanga et Toliara, auxquelles on vient d’ajouter les deux premiers chefs-lieux de régions, Morondava et Taolagnaro. Huit sous-antennes sont donc opérationnelles.

Le FAWE compte actuellement 120 membres, dont 83 femmes et 37 hommes, généralement issus du monde de l’enseignement. La Présidente Nationale actuelle est le Vice-Premier Ministre Chargé de l’Intérieur, Madame Manorohanta Cécile. Le FAWE compte parmi ses membres des femmes ayant de hautes responsabilités dans le pays, telles que des parlementaires et des hauts fonctionnaires.


Contexte général de l’éducation des filles à Madagascar


A Madagascar, ce qui frappe quand on entre dans les classes de première année de l’école, c’est le nombre égal des enfants des deux sexes, voire légèrement supérieur pour les filles. Mais quand on monte en niveau, le nombre des filles diminue fortement, au point qu’à l’Université de Toliara, cette année, elles ne sont plus que 38%. Les exemples que nous prendrons pour illustrer la situation des filles proviennent des recherches que nous avons entreprises en 2003-2004 dans le Sud-ouest de Madagascar. En effet, nous voulions disposer de documents chiffrés et nous avons fait, en tant qu’universitaire membre du FAWE, une requête auprès du NORAD, dans le cadre d’un accord entre l’Université de Toliara (Madagascar) et le Höyskolen de Stavanger (Norvège), qui nous a répondu favorablement en nous dotant de financements pour réaliser nos recherches. Nos résultats ont confirmé les tendances générales de la scolarisation des filles à Madagascar évoquées plus haut. Nous nous sommes alors penchée sur les facteurs qui expliquent cette situation. Nous n’avons pu que constater la diminution des effectifs, filles et garçons, à partir des classes de 5ème et de 4ème. Cette situation est plus marquée pour les filles. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : pour 2003, par exemple, il n’y a plus que deux filles en classe de terminale, au lycée de Morombe (Sud-Ouest de Madagascar), recueillant normalement tous les élèves du district. Or, en primaire, pour l’année 1990-91, qui correspond à leur première année de scolarité, on comptait 2 006 filles pour 1 986 garçons. Cette inégalité s’explique par des phénomènes communs au monde rural et au monde urbain, et par d’autres spécifiques et que nous résumons comme suit.

Parmi les problèmes communs, certains sont relatifs à l’état civil : n’ayant pas de pièce d’état civil à la naissance, les enfants rentrent tard à l’école. Les parents ne mesurent pas l’importance de l’école : suite à ce désintérêt, ils ne surveillent pas leurs filles. Elles sont abandonnées à elles-mêmes. La pauvreté des parents pèse de tout son poids : l’école représente des dépenses supplémentaires, faites au détriment du budget familial. Et si les filles abandonnent tôt leurs études, c’est plutôt un soulagement. Les filles quittent l’école pour aider leurs parents à faire rentrer de l’argent le plus tôt possible. Dans cette région chaude, les filles sont précocement pubères. Et ce ne sont pas les parents avec leur bas niveau d’instruction, parfois analphabètes, qui vont les aider à traverser une période difficile qui se traduit souvent par une attitude de révolte, surtout quand il s’agit de l’école. Beaucoup de parents les encouragent plutôt à commencer à subvenir à leurs propres besoins. Le chômage frappant les diplômés ne constitue pas un facteur d’encouragement. Enfin, le salaire nettement insuffisant des instituteurs, proches représentants des diplômés, ne motive pas les parents.

Nous nous limiterons à citer maintenant les problèmes propres aux filles de la campagne où les us et coutumes sont très présents dans la vie quotidienne. La coutume qui consiste à construire une case pour la fille dès qu’elle atteint l’âge de la puberté est toujours d’actualité. Les parents doivent « fermer les yeux », c’est le cas de le dire, dès le coucher du soleil, et ne doivent plus s’aven­turer du côté de la case de la fille. Chaque fille a donc sa maison. Elle y reçoit ses compagnons jusqu’à ce qu’elle se soit entendue avec l’un d’entre eux pour le mariage. Et si elle tombe enceinte, c’est encore mieux. Les chances de mariage n’en sont que plus grandes.

Une importante cause de déperdition scolaire est liée aux travaux des champs. A plusieurs reprises, dans nos enquêtes, nous avons constaté la désertion de l’école pendant les périodes de grands travaux agricoles ; ceux-ci sont donc à l’origine de l’interruption de la scolarité des enfants. Si les filles ne participent pas directement aux travaux, elles libèrent leurs mères en gardant les jeunes enfants.

Etant donné que cette recherche avait pour objectif la collecte des données de terrain, nous présenterons quelques-unes des solutions proposées par nos informateurs. Ceux-ci trouvent que la sensibilisation des parents est primordiale. Ce n’est pas un hasard si la plupart des femmes qui ont réussi leur scolarité sont des filles de lettrés, voire de fonctionnaires. A plusieurs reprises, on nous a demandé le rétablissement des internats de jeunes filles. Nos informateurs suggèrent de développer le sport pour cultiver un esprit de compétition salutaire. Ils proposent de développer les associations où les jeunes des deux sexes peuvent se côtoyer, s’estimer et s’ouvrir au monde.

Nous avons voulu soumettre ici ces exemples de recommandations pour pointer la nature des relations entre elles et les actions qui sont entreprises par le FAWE. Ainsi, il sera aisé de rapprocher les résultats des recherches que nous venons de présenter et les objectifs et les actions du FAWE-Madagascar. C’est aussi l’occasion de fournir un peu plus de détails sur ses objectifs, avant de voir de près les actions entreprises par l’organisation.


Objectifs et actions du FAWE à Madagascar


 On peut résumer les ambitions du FAWE-Madagascar par sa contribution à atteindre les objectifs de l’EPT et ceux du Millénaire pour le Développement (OMD) sur l’Education. Le FAWE-Mada­gascar est convaincu que l’éducation ne se limite pas à l’instruction dans des établissements scolaires. Elle touche également les autres domaines du développement ; elle est donc transversale. Elle doit concerner l’Education proprement dite au niveau des établissements scolaires : l’éducation en salle et l’éducation parascolaire. Au niveau de la communauté, l’éducation civique et de citoyenneté, l’éducation à la vie familiale, l’alphabétisation fonctionnelle, l’éducation environnementale, nutritionnelle et l’éducation à la santé-eau-hygiène.

En ce qui concerne l’intégration du genre, au niveau des établissements scolaires, notons la réduction des écarts entre filles et garçons concernant l’amélioration de l’accès, de la rétention et de la performance dans l’éducation, et le renforcement de l’équité des genres dans les matériels didactiques. Au niveau de la communauté, l’intégration du genre dans tout le processus de développement (social, économique), l’éducation à la vie familiale et la mobilisation des deux sexes pour la préservation et la gestion rationnelle de l’environ­nement.

Envisageons maintenant les principales activités du FAWE. Le principal partenaire du FAWE est le Ministère de l’Education Nationale, car bien qu’il soit une ONG, il faut se rappeler sa création par des femmes ministres africaines de l’Education. Dans notre Tour d’horizon, au niveau des établissements scolaires, évoquons ici l’éducation en salle et les soutiens et encouragements par des octrois de bourses. En 2008, le bureau régional du FAWE Nairobi a octroyé des bourses scolaires à neuf filles de la classe de seconde du lycée Imerintsiatosika, près d’Antananarivo, durant les trois années scolaires du second cycle (niveau lycée). Des sous-antennes peuvent trouver des sponsors et donner des bourses, comme ce fut le cas à Majunga, lors de l’organisation d’une semaine FAWE.

Sur le plan des recherches-actions pour l’amélioration de l’ensei­gnement, un exemple a déjà été donné ci-dessus sur les résultats des recherches que nous avons entreprises sur financement NORAD dans le Sud-Ouest, dans la région de Toliara. L’année dernière, un partenariat entre le FAWE-Madagascar et l’UGP/FORMGED-Com­mission Européenne, a permis la mise en œuvre d’une recherche-action sur le thème « Genre et Education ». Cette recherche-action est différente des recherches de type universitaire comme celle qui a été menée dans le Sud-ouest par exemple. Il s’agit plutôt d’une approche qui encourage et qui aide à initier des partenariats. Son objectif consiste à obtenir l’implication de la société civile dans le dialogue sur les politiques de développement et d’inté­gration du genre. Dans ce processus de recherche-action, les acteurs locaux peuvent échanger des informations, des idées et des expériences, mettre en place des plateformes de réseaux locaux, planifier des projets ensemble. Voici quelques résultats des recherches-actions menées pour l’inté­gration du genre en milieu scolaire.

 Le FAWE a formé une équipe constituée et opérationnelle de cinq chercheurs-formateurs, renforcée en matière de genre, d’intégration du genre en milieu scolaire et de techniques de visionnages suivis de débats. Il a également contribué à la formation des formateurs FAWE sur le genre, l’intégration du genre en milieu scolaire et les techniques de visionnages suivis de débats organisés. De telles équipes doivent se rendre dans toutes les sous-antennes. Elles ont commencé à travailler avec des enseignants dans des ateliers organisés à cet effet. Un manuel de formation et un guide de visionnage ont été élaborés. Un film-docudrame, qui synthétise les atouts des approches cinématologiques documentaire et fictionnelle, a été réalisé.

Des Directions Régionales, des Circonscriptions Scolaires de l’Edu­cation Nationale dans les sous-antennes du FAWE de Madagascar, des représentants de la société civile, des organismes internationaux tels que Aide et Action, des chefs d’établissements scolaires et des enseignants ont participé à l’atelier organisé dans huit sous-antennes.

Ces résultats peuvent également être étoffés par des initiatives locales. Nous ne pouvons omettre de signaler l’effort exemplaire de l’antenne du FAWE de Mahajanga. En collaboration avec la Commune Urbaine de Mahajanga I, la population, le FISA (une ONG opérant dans le domaine de la santé) de Mahajanga, des associations féminines et des femmes leaders, les membres du FAWE Mahajanga ont organisé une semaine de festivité du 28 au 31 octobre 2009. Parmi les activités, il y avait un concours d’écriture en langue française sur « l’importance de l’éducation des filles » dont les lauréates (toutes des filles) ont été récompensées. Une fille d’une classe du primaire a été dotée d’une bourse de 20 Euros par mois pendant toute l’année scolaire (10 mois), ainsi que d’autres cadeaux. Une élève d’un CEG s’est vu octroyer une bourse de 25 Euros par mois pendant toute l’année scolaire (10 mois), ainsi que d’autres cadeaux. Il en va de même de la gagnante de la catégorie « Lycée » qui a eu une bourse de 25 Euros par mois pendant toute l’année scolaire (10 mois), ainsi que d’autres cadeaux. Il y avait également un concours de type « Questions pour un champion » sur les Sciences, les Mathématiques et les Technologies. Les gagnants ont également reçu des cadeaux.

Saluons l’ouverture d’un internat de jeunes filles à Mahajanga. Le FAWE intervient également dans l’encadrement des jeunes filles. Un des problèmes qui avaient été évoqués dans les résultats de nos recherches universitaires dans le Sud-ouest, est l’éloignement des établissements scolaires. Rappelons que beaucoup de parents souhaitent le rétablissement des internats. Ce problème, quasi présent dans tout le pays, est aussi criant à Mahajanga. Aussi, le FAWE Mahajanga, dans un projet intitulé « L’Education des filles pour le développement », a-t-il voulu prendre le taureau par les cornes en mettant sur pied un centre d’accueil pour les filles qui habitent en dehors de la ville, afin que celles-ci puissent aller dans un CEG (Collège d’Ensei­gnement Général).

Ce centre héberge actuellement 45 élèves dans un même établissement, le CEG Charles Renel. Elles viennent de deux régions : celle de Sofia, avec les districts de Mandritsara, Befandriana-Nord, Mampikony, et de Boeny, avec Ambatoboeny, Mitsinjo, Soalala et Mahajanga II. Les filles sont pour la plupart en classes de 6ème et de 5ème. Elles viennent généralement de familles monoparentales ou nombreuses, sont parfois orphelines ou encore habitent loin d’un CEG. Les choix ont été fondés sur ce qui a été observé lors de visites sur terrain.

Le FAWE dut faire tout de même faire face à quelques problèmes spécifiques, parmi lesquels les habitudes et les superstitions des filles à leur arrivée. Par exemple, les marraines qui les ont accompagnées n’ont pas dormi lors des trois premiers mois. Il fallait avoir de la patience. Mais le FAWE s’est finalement félicité des résultats obtenus, car les filles ont pris confiance en elles-mêmes, sont devenues plus disciplinées, débrouillardes et sensibilisées à l’hygiène.

 Ajoutons la création d’un centre d’excellence : un Centre d’excel­lence du FAWE est un établissement scolaire où les environnements académique, social et physique au sein de l’école et dans la communauté environnante, intègrent le genre de manière holistique. Cela veut dire que l’administration de l’école, le personnel enseignant et non-enseignant, les élèves, filles et garçons, les parents, les membres de la communauté environnante, y compris les leaders religieux ou politiques, les autorités du Ministère de l’Edu­cation au niveau local, sont sensibles à la notion de genre et pratiquent l’égalité de genre. De plus, le système de gestion de l’école ainsi que les politiques et les pratiques qui y ont cours, répondent aux besoins des filles et des garçons fondés sur le genre et y apportent des solutions. Le système d’enseignement, l’apprentissage, y compris les méthodes d’enseignement, le matériel didactique, les interactions dans la salle de classe, sont sensibles au genre. Les élèves, filles et garçons, sont habilités à pratiquer l’égalité des genres et protègent les droits humains et démocratiques des deux sexes. L’environnement matériel de l’école (les bâtiments, le mobilier et les équipements) répond aux exigences du genre. Actuellement, le FAWE-Madagascar est en train de mettre en place un tel centre d’excellence. L’éta­blissement d’implan­tation est déjà trouvé, mais le processus prend un peu de temps.

Sur le plan des activités parascolaires, notons l’existence de clubs de filles. Les clubs de filles proviennent d’un programme institué par le Secrétariat régional du FAWE. Il consiste en la formation d’un club au sein d’un établissement scolaire. Le club ne regroupe pas que des filles, même si, au début, en raison de son appellation, il ne rassemblait que les élèves féminines. L’idéal est en fait qu’il regroupe filles et garçons. Ses objectifs consistent en une sensibilisation des élèves aux problèmes liés à leur vie à l’extérieur de l’école, à leur environnement socioculturel et à leur futur rôle de citoyens et de parents. C’est un cadre de débats suivis par les responsables pédagogiques de l’école. On peut y discuter de sujets divers, tels que l’intégration du genre, qui y tient d’ailleurs la première place, les problèmes liés à la nature de chacun (par exemple le fait d’être un garçon ou une fille), le SIDA ou autres sujets qui intéressent la jeunesse, afin de les aider à mener à bon terme leur scolarité.

C’est dans les clubs de filles qu’a été initié le programme « Carton rouge » dont le principal objectif est la contribution au maintien de la prévalence du VIH/SIDA à moins de 1%, selon la politique globale de l’Etat Malgache. Actuellement, il n’y a encore que 5 clubs de filles à Madagascar (2 à Toamasina, 2 à Antananarivo, 1 à Morondava), mais nous espérons que ce nombre va vite augmenter, car les avantages d’une telle organisation sont palpables.

Notons encore le cas des jeunes étudiantes de l’Université de Toliara. Du temps où le siège national du FAWE Madagascar était basé à Toliara, des étudiantes ont créé l’association des jeunes filles universitaires de Toliara (AJFUT) au sein de l’université. Cette association agit maintenant de manière indépendante, en tant que membre de la société civile, et participe à toutes les manifestations organisées par le FAWE ou autres organismes. En tout cas, elle est devenue une école d’apprentissage à la vie associative pour les étudiantes et un organe au sein duquel, en réponse à des appels d’offre, elles peuvent effectuer des prestations de services payées dans des programmes de lutte contre le SIDA, ou des actions pour la sauvegarde de l’envi­ronnement.

Le FAWE intervient également au niveau de la communauté, dans l’éducation civique et de citoyenneté. Depuis 1998, le FAWE a participé à plusieurs opérations d’attribution d’actes de naissance à Mahajanga. Ce problème n’est pas encore tout à fait résolu à Madagascar. Le FAWE travaille également en étroite collaboration avec la Direction de Masse et de Civisme du Ministère de l’Education Nationale.

Le FAWE s’intéresse à l’éducation des parents. La sous-antenne du FAWE de Fianarantsoa a programmé, parmi ses toutes premières activités depuis 1999, entre autres, l’institution d’une clinique juridique. Fianarantsoa héberge en effet, une faculté de Droit et de Gestion dont membres ont voulu faire profiter la sous-antenne de leurs compétences. Elle a ainsi créé un centre d’écoute ambulant à l’inten­tion des femmes qui ont des problèmes juridiques, souvent d’origine conjugale, pendant les jours de marché. Un plaidoyer communautaire avec des expositions mobiles et des séances d’IEC ou des émissions radiophoniques est organisé. Les membres du FAWE organisent des rencontres avec les parents, comme cela se fait à Mahajanga tous les ans, avec les parents des filles hébergées au centre d’accueil. Ils leur donnent de véritables formations, tels que le savoir-vivre, la comptabilité simplifiée, le montage de mini-projets, la création d’associations, l’éducation environnementale, le suivi des filles pendant les vacances pour préserver les acquis du centre qu’elles peuvent ainsi transmettre à leurs frères et sœurs et à leurs camarades du village. Les filles doivent encourager les enfants à aller à l’école.

Le FAWE s’implique dans la sensibilisation des parents pour l’envoi des jeunes enfants à l’école maternelle lors des visites sur le terrain. Ses membres usent de leurs bonnes relations avec les responsables des régions et des districts pour les encourager à créer des crèches pour aider les femmes qui travaillent. Ils organisent des séances de formation et d’information pour les mères.

Ajoutons l’alphabétisation fonctionnelle ASAMA (Action Scolaire d’Appui pour Malagasy Adolescents). Depuis l’année 2006/2007, le FAWE contribue à la réalisation du Programme ASAMA organisé par le Programme Conjoint des Nations Unies, sous l’égide de la Cellule Nationale de la Coordination et d’Exécution (au niveau national) et de la Cellule Provinciale de Coordination et d’Exécution (niveau provincial), sur le plan administratif.

Le financement du projet est assuré par le PNUD, avec la contribution de partenariats, tels que le Rotary Club, le Lions’ Club ou Coca Cola, tandis que la mise en œuvre effective du programme sur le terrain est confiée aux associations membres de FAWE-Madagascar. C’est un des programmes du Département ministériel chargé de la Population et de la Prévention Sociale et des Loisirs (MPPSL) et du Ministère de l’Education Nationale.

Il s’agit de prendre en charge les enfants, âgés de douze à seize ans, venant de familles défavorisées et qui sont déscolarisés, après avoir fréquenté l’école pendant un, deux ou trois ans (niveaux CP1, CP2 ou CE). Il peut aussi y avoir des enfants qui n’ont jamais fréquenté l’école, toujours faute de moyens pour les parents. L’ensei­gnement y est entièrement gratuit.

L’ASAMA est un programme scolaire spécial dont le contenu est le fruit d’une longue recherche de spécialistes en éducation, réalisé par les lauréats de l’Ecole Normale Supérieure de l’Université de Fianarantsoa. Cette méthode spéciale a été conçue de façon à être acceptée par des enfants qui ont vécu la plupart de leur temps dans la nature, et de façon indépendante.

La durée de l’ensei­gnement est de dix mois, c'est-à-dire le temps de l’année scolaire (de septembre à juin). Durant cette période, les cinq années scolaires du primaire doivent être parcourues de manière évolutive : en septembre, le CP, en octobre, le CP2, en novembre, le CE, et à partir du mois de décembre les CM. L’objectif de l’ASAMA, est d’atteindre le niveau des Cours Moyens, de façon à faire passer à ses élèves, à la fin de la formation, les examens de CEPE et d’entrée en 6ème.

Le FAWE Madagascar travaille actuellement avec cinq classes ASAMA à Antananarivo, Fianarantsoa et à Toamasina. En plus des activités ASAMA, les sous-antennes prennent en main certains jeunes, dans le cadre, par exemple, de leur appui aux jeunes leaders.

L’Appui aux jeunes leaders est un projet initié par le CJF (Club de Jeunes FAWE). Le FAWE-Mahajanga a identifié des filles déscolarisées des quartiers défavorisés. Les CJF les ont recueillies pour leur proposer des formations en français, en anglais, des cours d’informatique, de comptabilité simplifiée, de montage et gestion de projets. Elles reçoivent également des formations en matière de santé et d’hygiène, de savoir-vivre, de savoir-faire, ainsi qu’une sensibilisation en matière d’environnement. L’année dernière, elles étaient au nombre de 250, mais après trois mois, il n’y en a plus que 100, pour des raisons diverses.

Cette année, le FAWE n’a plus recruté que 50 filles pour pouvoir mieux les encadrer. Des mini-projets ont été élaborés au niveau de chaque quartier pour que les filles ne soient plus obligées de venir au centre. Elles restent ainsi dans leurs quartiers où elles sont suivies par les membres du CJF qui les initient en art culinaire, coupe et couture, broderie. Ces projets ont été élaborés au cours d’une table ronde organisée à cet effet.

Ces résultats sont appelés à être étoffés, puisque le FAWE-Nairobi, au vu des efforts fournis par les antennes du FAWE-Madagascar, s’engage de plus en plus à appuyer ces initiatives. Il facilite les contacts avec les autres bailleurs de fonds tels que l’UNICEF ou NORAD… Il faut dire que l’antenne nationale a déjà pu obtenir des aides, comme nous l’avons évoqué plus haut, de l’UGP/FORMGED, de la Commission Européenne, du Fonds d’Appui de la Présidence (FAP) mais aussi auprès de différents partenaires locaux, sans parler de leurs activités propres pour lever des fonds. Le FAWE est encouragé car tout le monde est convaincu que la voie la plus sûre pour atteindre un développement équilibré et durable est bien l’Education.

Nous voudrions conclure en citant Raveloarimanana Lupo Monique qui pose une question sur les dispositions de la société à accepter l’implication à égalité des femmes et des hommes dans les affaires du pays : « Actuellement de nombreuses potentialités sont offertes aux femmes. […] Pourtant, elles sont confrontées au problème de la reconnaissance de leurs nouveaux rôles. […] Leurs frères, leurs pères, ou leurs maris sont-ils disposés à assouplir les mécanismes sociaux et politiques dont ils sont les détenteurs ? […] Quand on parle de développement durable, c’est peut-être en reconnaissant d’abord le rôle et les droits essentiels de la femme dans la communauté que le processus peut être possible, réalisable et… viable ».

C’est précisément ce à quoi le FAWE essaie de répondre en étendant ses activités au-delà des établissements scolaires. En effet, il intervient au niveau des établissements scolaires avec des contributions dans l’amélioration de l’enseignement et de l’inté­gration du genre dans les programmes. Le FAWE encourage et entreprend également des activités parascolaires visant les mêmes buts. Il vise dans ses objectifs une implication de la communauté afin de mieux faire passer le message pour un développement équilibré du pays.


Jeanne R. Dina Fotomanantena[1]

 

Bibliographie


Avant de donner la liste des ouvrages publiés, nous tenons à dire que nous avons beaucoup travaillé sur les rapports d’activités, les PTA et la documentation de la coordination nationale de FAWE-Madagascar, dirigés par Mme Ranerason Amarente, Coordinatrice Nationale. Nous lui adressons nos sincères remerciements.


Dina J. Razaiomenjanahary, Y. « Femmes et généalogie dans le Sud-Ouest de Madagascar », Talily, n° 11-12, Toliara, 2006, 29-48.

-----------------------------------------, Sous la direction de DINA J : Dialogue Nord-Sud, Histoire et Sciences Sociales-Recherches sur le Sud-Ouest de Madagascar, Université de Stavanger (Norvège) et de Tuléar, Talily, numéro spécial, 2008, 13-15.

Fieloux M., « Femmes, Terre et Bœufs », Aombe, n°1, « Elevage et Société », ERA, Tuléar MRSTD-ORSTOM, 1987.

Lupo-Raveloarimanana, M. « Pauvreté et culture dans le Sud de Madagascar », Talily, n°1, 1995.

------------------------------------, « La condition de la femme dans le Sud de Madagascar », Talily, n°11-12, 2006.

Ravelomanana Randrianjafinimanana J., Histoire de l’éducation des jeunes filles malgaches du XVIème au XXème, Antananarivo, Antso Imarivolanitra, 1995, 45 p.

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[1] Maître de Conférences à l’Université de Toliara, Madagascar.