Regard d'un voyageur espagnol du début du XIXème siècle

sur les Berbères du Haut Atlas marocain

 

Anny Garcia



"L'objet" de l'observation


Les Berbères, qui sont présents en Afrique du Nord depuis l'aube de l'histoire, ne sont pas définissables par des critères raciaux (l'ensemble des tribus désignées sous ce nom présentant, en effet, des types ethniques divers). Le terme le plus approprié pour les désigner aujourd'hui serait en fait : berbérophones, la langue berbère, à travers ses nombreux dialectes et ses parlers locaux (de 4 à 5 000), étant le seul lien qui unit encore une communauté de près de vingt millions d'individus, dispersés sur d'immenses territoires (près de 5 millions de km2), depuis l'Afrique du Nord (essentiellement au Maroc, où ils représentent 40% de la population, et en Algérie) et jusqu'au-delà du Sahara : Berbères montagnards du Rif, de l'Atlas, de Kabylie, de l'Aurès, mais aussi Berbères de Tunisie, de Libye, d'Egypte, des oasis sahariennes, du Niger, du Mali, de Mauritanie... qui, bien que finalement islamisés malgré leur longue résistance aux Arabes, ont néanmoins conservé leur langue et leurs coutumes.

Par le passé, les Berbères se sont illustrés politiquement de la fin du XIème siècle et jusqu'au XVème. A plusieurs reprises, ils ont formé des royaumes indépendants (royaumes de Tahert, de Tlemcen, de Kairouan, de Fès) et même des empires sous trois dynasties successives : la dynastie almoravide (dynastie berbère, originaire du Sahara Occidental, qui a régné à partir de la fin du XIème siècle et pendant le XIIème, qui a construit Marrakech et a unifié le Maghreb et l'Andalousie), la dynastie almohade (au cours des XIIème et XIIIème siècles / autre dynastie berbère originaire du Haut Atlas) et enfin, la dynastie mérinide (du XIIIème au XVème siècles / dernière dynastie berbère, originaire, quant à elle, de la Haute Moulouya).

Cette communauté linguistique, parce que très dispersée, est minoritaire partout depuis plusieurs siècles et donc sans réel pouvoir politique. La langue berbère, de ce fait, n'est, et n'avait d'ailleurs pratiquement jamais été la langue officielle d'aucun État. Malgré quelques tentatives limitées, elle n'a même jamais accédé au rang de langue écrite d'où l'intérêt pour les recherches linguistiques, qui prirent vraiment leur essor à la fin du XIXème siècle, des études ou des observations rapportées par les voyageurs du XVIIIème siècle d'abord (tels Thomas Shaw pour la Kabylie ou Friedrich Hornemann pour l'oasis de Siwa) et, ensuite, par ceux du XIXème (tels notre observateur ou encore James Grey Jackson pour le Maroc, pays qui nous intéresse ici).


L'observateur


Avec notre voyageur, nous nous situons au tout début du XIXème siècle. Il s'agit d'un ex-intendant de l'armée espagnole, du nom de Domingo Badía y Leblich1, qui a entraîné le tout puissant Godoy dans un singulier projet de conquête du Maroc et qui s'introduit seul dans ce pays en juin 1803 sous l'identité princière d'Ali Bey el Abbassí. Onze ans plus tard, sous son pseudonyme arabe, taisant (et pour cause) la partie politique de ses « aventures », il publiera la partie descriptive de ses Voyages2 dans lesquels il reprendra largement le contenu de son journal, de ses notes et autres mémoires, pratiquement tous contemporains des événements. Ces documents originaux sont éparpillés en divers endroits, mais essentiellement en Espagne et en France où il dut s'exiler en 1813.

Mais revenons en 1803 : à son arrivée au Maroc, il accuse assez mal ce que l'on peut appeler, à très juste titre, le choc des cultures mais, maître dans la dissimulation et surtout très déterminé, il n'en laisse rien paraître. Ses premières impressions sur les villes qu'il traverse et où il séjourne parfois plusieurs mois ne sont que très rarement favorables et elles le seront encore moins pour la ville où il va rencontrer les Berbères du Haut Atlas, en l'occurrence Marrakech : une ville dégradée, dit-il, « presque dépeuplée » à cause des guerres et de la peste (l'épidémie de 1799 avait, en effet, été sévère), une ville « triste » où ne prospèrent ni les arts, ni les sciences, où il n'y a pas l'ombre d'un commerce et où les marchés, bien que les vivres y soient encore moins chers, ne sont en rien comparables à ceux de Fès, ajoute-t-il par comparaison. S'il est désagréablement surpris par l'extrême rusticité des citadins marocains en général, on peut aisément imaginer le choc encore plus grand qui sera le sien au contact des « montagnards » berbères qui descendent assez régulièrement de leurs montagnes jusqu'à Marrakech pour faire leurs achats. Il leur reconnaîtra néanmoins le mérite d'apporter un peu d'animation dans cette ville qui lui paraît si « triste ».


Le contact


Au moment où il rencontre les Berbères, Badía, notre voyageur, se trouve au Maroc depuis environ huit mois, dont la moitié à peine en compagnie des seuls Marocains. Ce détail est important lorsqu'on sait, contrairement à ce qu'en dit une légende tenace, qu'il est entré dans ce pays en ne parlant pas l'arabe et que de cette langue même il n'a donc, après ce laps de temps, qu'une connaissance très imparfaite. De son contact avec les « montagnards », sur les marchés de Marrakech, il rend compte dans un document longtemps conservé dans des archives ministérielles parisiennes et qui se retrouve aujourd'hui au Centre des Archives d'Outre-mer d'Aix en Provence. Ce document porte le titre de « Langue Brèbe – Collection de mots de la langue Brèbe improprement appelée Berber ou Berebère en Europe » [sic] (il s'agit de notre traduction, l'original, bien sûr, est en espagnol)3. En peu de mots, il y décrit les Berbères de cette partie du Maroc de façon peu flatteuse : petits, maigres, « noircis du soleil » et, soulignant leur état d'extrême pauvreté, il leur trouve, au total, un aspect « rebutant ». Toutefois, la « nation à part » qu'ils constituent?les Brèbes, donc?n'en éveille pas moins sa curiosité. S'il ne s'attache pas précisément à leurs coutumes, il manifeste, par contre, un très vif intérêt pour leur langue. Il précise que la plupart d'entre eux parlent aussi l'arabe parfaitement, mais que leur langue propre ne ressemble en rien à cette dernière, mis à part dans les « expressions » qu'elle lui a empruntées. Nous constatons ici que Badía a tout de même assez vite perçu que le berbère a été contaminé par l'arabe et ce, pouvons-nous ajouter, depuis des siècles. Le fait est, qu'estimant ignorer les éléments empruntés à l'arabe, il commence à noter un certain nombre de mots ou d'expressions berbères qu'il se fait expliquer (en arabe donc). N'oublions pas, toutefois, que langues arabe et berbère appartiennent toutes deux à la même famille des langues chamito-sémitiques / afro-asiatiques).


La langue berbère d'après Badía


Au fil du temps, il a recueilli 116 mots et expressions?non classés d'ailleurs par catégorie?ainsi que 16 éléments appartenant à la numération, tous accompagnés de leur traduction en espagnol (il reproduira d'ailleurs le tout sous forme de listes dans le récit de ses Voyages publiés en 18144). S'il dit que les caractères et l'orthographe utilisés pour écrire cette langue sont ceux de l'arabe, ce ne sont pas ceux que, lui, utilise?il en est certes bien incapable?et les graphies de ses transcriptions ont plutôt valeur d'aide-mémoire relevant d'une phonétique propre5.

Pour le lexique, il s'agit de désignations relevant du langage courant (que nous inventorions ici par catégorie). Elles renvoient, en effet et en premier lieu, avec 27 entrées, à l'être humain et aux parties du corps (homme, femme, main, pied, œil, bouche, menton, langue, tête, oreille, nez, cheveu, bras, genou, dos, ventre, cœur...). Vient ensuite, avec 24 entrées, le vocabulaire relatif aux denrées alimentaires et -en proportion égale- à la maison, au mobilier, aux ustensiles et autres outils (pain, viande, beurre, miel, raisin, datte... maison, mur, porte, clef, ciseaux, couteau, cuiller...). Toujours par ordre décroissant en nombre, avec 17 entrées, nous trouvons ensuite les noms d'animaux (cheval, mule, âne, mouton, chèvre, bœuf, chien, oiseau, poule, loup, chameau...). 14 entrées renvoient aux éléments, à la nature, au climat, à Dieu (eau, feu, arbre, terre, montagne, rivière, plaine, jardin, soleil, lune, froid, chaleur, Dieu...) ; 12 au cycle jour / nuit et autres expressions et déictiques temporels (jour, nuit, matin, soir, coucher du soleil, dernier crépuscule, l'heure après-midi, deux ou trois heures après?ces deux derniers repères correspondant, bien sûr, aux moments des prières?, hier, demain, « dans un peu d'ici »...). Nous trouvons aussi des désignations diverses dont quelques quantificateurs (beaucoup, peu...) et, sans surprise : encrier, livre, papier. Nous relevons enfin moins d'une dizaine de phrases brèves, essentiellement des éléments destinés aux formules de politesse (« venez », soit : « veuillez entrer / boire / manger », mais aussi « allez-vous-en » ou « comment vous nommez-vous ? »).

Badía consigne sur sa liste des variantes de nature diverse. Il note, par exemple, des formes différentes entre singuliers et pluriels (pour les chiens, les oreilles, les souliers, les doigts) ou entre sexes (âne / ânesse, mouton / brebis). On observe aussi que, pour désigner un même référent, il propose des variations lexicales (pour la femme, par exemple, les souliers à nouveau...), variations qui peuvent faire penser à un simple phénomène de polymorphisme, ce que semble avoir cru Badía, mais qui, en fait, proviennent de dialectes distincts. Nous avons pu faire la lumière sur ce dernier point grâce à Salvador Barberá Fraguas, diplomate arabophile, auteur de nombreuses études sur la culture islamique, qui a été en poste au Maroc et qui, en 1984, a publié une édition abondamment annotée de la seule partie des Voyages qui concerne ce pays. À partir des dites notes (Barberá 368-74, n. 29-1146), nous avons pu aller plus loin dans l'analyse des éléments proposés par notre voyageur et établir un certain nombre de constats.

Dans les quelques énoncés relevés par Badía (en particulier dans le cas de « comment vous nommez-vous? »), nous nous trouvons en présence d'un mélange entre berbère et arabe. Badía ne le précise pas lui-même, mais il est vrai qu'il avait globalement signalé ce phénomène de contamination. Par contre, et dans ce cas, il semble ne pas en avoir conscience, une douzaine de mots provenant de l'arabe se glissent tout de même dans son recensement de termes berbères (livre, papier, encrier, par exemple?mais aussi : peau, sang, cheveu, et surtout, toujours selon Barberá, « mosquée » et « boutique ». Les deux derniers peuvent surprendre car, malgré sa connaissance limitée de l'arabe?marocain en tout cas?, il paraît curieux qu'il ne les ait pas identifiés. Il est vrai que Barberá précise qu'il s'agit ici d'arabe « berbérisé »). Badía semble ne pas faire la différence non plus, au niveau des variantes ou en désignation unique, entre les termes provenant bien d'un dialecte du Haut Atlas et ceux qui appartiennent à un autre dialecte mais, celui-là, du Moyen Atlas et qui se mêlent effectivement aux précédents dans une proportion d'environ 8%. Ne faisant pas cette distinction, il n'a pas perçu non plus qu'un petit nombre d'éléments (des désignations d'animaux surtout) sont les mêmes dans les deux dialectes que nous venons d'évoquer : le tachelhit pratiqué dans le Haut Atlas, le souss et le littoral sud et le tamazight parlé dans le Moyen Atlas mais, il est vrai, dans une partie du Haut Atlas également et c'est, évidemment, ce qui explique que Badía, bien que n'ayant pas identifié ce dernier comme tel, introduise également dans sa liste des désignations appartenant au tamazight. Nous avons évidemment omis de parler du dialecte rifain, le tarifit, qui n'a pas du tout cours dans la partie sud du Maroc et dont Badía, en toute logique, n'en transcrit bien sûr aucun terme.

Nous n'excluons pas qu'un petit nombre de transcriptions de Badía aient pu être incorrectes. Barberá, pour sa part, signale que quelques-unes sont en effet peu ou non identifiables en regard des sources disponibles?en l'état, donc, des études dans les années 80. S'il est dans le vrai, et même dans tous les cas, il paraît certain que les linguistes ont encore fort à faire, surtout pour reconstituer l'évolution de la langue berbère car les témoignages écrits, tel celui de Badía, ne sont pas si nombreux qui permettent, comme c'est ici le cas, de constater que le sens de certaines désignations semble aujourd'hui s'être déplacé. Une note encore de Barberá nous paraît très intéressante : il a en effet remarqué que quelques mots de berbère sont passés dans l'arabe vulgaire. Nous avons ici une contamination qui s'est inversée. Elle est évidemment due au contact entre les deux langues, et elle est d'autant plus compréhensible au Maroc que la communauté berbère qui, en 1830, représentait 57% de la population, y a toujours été très importante.

Pour ce qui est du système de numération, Badía transcrit les chiffres de 1 à 12 et il précise que, combinant les unités de leur langue aux dizaines arabes, les Berbères comptent ainsi jusqu'à 20. Il note en exemple le 24 et le 27, et aussi une autre forme différente pour 30, 40? « etc. », ajoute-t-il, donnant, en quelque sorte, le « mode d'emploi » pour continuer à compter de dizaine en dizaine. Là aussi, Barberá remarque qu'il est intéressant de constater que pour le premier exemple?soit les chiffres 24 et 27?, autant dans le dialecte du Haut Atlas que dans celui du Moyen Atlas, la forme des chiffres donnée par Badía est exactement l'inverse de celle qui est employée aujourd'hui et, pour l'ensemble des exemples, il ajoute que ces formes ont toutes disparu. Ces formes « perdues » soulignent encore une fois l'intérêt que présente un tel document pour l'étude diachronique de la langue.

Ayant abondamment cité Salvador Barberá, dont les notes nous ont été précieuses pour cette analyse, nous ne pouvons pas passer sous silence le regard « peu tendre »?dans certains cas, jusqu'à la mauvaise foi?que cet arabophile portait sur Badía. Il reconnaissait néanmoins la plupart de ses mérites, en particulier en tant que géographe. En ce qui nous intéresse ici, il semble regretter qu'il ne soit pas fait plus de cas de sa liste qu'il considère non seulement comme l'une des plus anciennes sur les dialectes marocains mais, la comparant à celle de James Grey Jackson qui fait davantage autorité7, il estime que les transcriptions de Badía sont plus exactes et que la qualité des matériaux apportés par lui est nettement supérieure.

Pour en revenir à Badía, nous avons remarqué qu'il intitule son document : « Langue Brèbe–Collection de mots de la langue Brèbe.. ». Bien qu'il emploie le singulier pour désigner cette langue, il se rendra tout de même compte qu'il en existe de nombreux dialectes dans les montagnes. C'est bien ce qu'il ajoute à la fin de son manuscrit, mais il y fait aussi un pronostic tout à fait concordant d'ailleurs avec celui d'autres voyageurs. En fait, si Badía se trompe assez rarement dans ses appréciations, ici, toutefois, considérant le grand nombre de dialectes et de parlers qu'il juge, de plus, très pauvres, mais plus encore leur contamination par l'arabe, il estimera, finalement, et après une recherche infructueuse pour trouver ne serait-ce qu'un seul livre écrit en Brèbe, que les « jargons » qui en résultent, devraient finir par disparaître... « dans peu de siècles », ajoute-t-il, certes. Le sursis qu'il leur accorde n'est pas si bref mais l'histoire ne semble décidément pas aller dans ce sens.


Qu'en est-il aujourd'hui de la berbérophonie au Maroc ?


Au lendemain de l'indépendance (1956), la politique linguistique d'arabisation avait laissé peu de place à la berbérophonie et cela pour plusieurs décennies. Après de vagues promesses du roi Hassan II jamais concrétisées, les berbérophones, qui ne sont pas plus disposés à renoncer à leur langue qu'à leur culture, semblent s'acheminer aujourd'hui vers plus de reconnaissance. Sous la pression des associations berbères, certes, mais aussi grâce à la politique d'ouverture de Mohammed VI, ils ont non seulement obtenu, en 2001, la création de l'Institut Royal de la Culture Amazighe (on entend par amazighe le « berbère standardisé »), mais ce roi a également donné son accord, en 2002, pour l'adoption d'un alphabet de 33 lettres à partir de la graphie tifinaghe qui, elle, existe depuis trois mille ans mais qui n'avait été utilisée que pour des réalisations artistiques et de décoration. L'écriture tifinaghe permet, en fait, l'enseignement de l'amazighe dans ses trois variétés (tarifit, tamazight et tachelhit), enseignement qui devrait être généralisé en 2013.

L'identité marocaine qui jusqu'à présent avait été définie comme « arabe » serait-elle sur la voie d'une redéfinition en « identité amazighe et arabe » ? « Notre identité amazighe et arabe » sont des paroles qui ont effectivement été prononcées par Mohammed VI, mais c'était, il est vrai, alors qu'il annonçait la création de l'Institut Royal de la Culture Amazighe.


Anny GARCIA8



Appendice


Je me fis expliquer quelques uns de leurs mots, et voici ceux dont je pris note :


(281)

Amànn, eau.

AgrÒm, pain.

TiffÌi, viande.

Oudi, beurre.

Tàmment, miel.

AdÌl, raisin.

Accainn, datte.

Agmàr, cheval.

Tèzerdunt, mule.

Erguez, homme.

Tamgart,

Tamtot,

Taouàïa, négresse.











} femme.


Yessèmk, nègre.

AguiÒul, âne.

TaguiÒult, ânesse.

IzÌmmer, mouton.

Tèhzi, brebis.

Tàgat, chèvre.

TafÒunast, vache

Azguer, boeuf.

Aïdi, chien.

Idan, chiens.

TÌgmi, maison.

Agadir, mur.

Làfit, feu.


(282)

Imi, porte.

Zèhhar, arbre.

TimuzunÌn, argent monnoyé.

Karèden, cuivre mon-

noyé.

Afous, main.

Adar, pied.

Alen, œil.

Imi, bouche.

Tamàrt, menton.

Mèdden, du monde.

Tadouàtz, encrier.

Tassàrout, clef.

Touslinn, ciseaux.

Hint, couteau.

Ohzan, dent.

Ils, langue.

Egf, tête.

Iberdan, hardes.

Amzog, oreille.

Imzgan, oreilles.

Inzar, nez.

Sebàït,

Adouco,

Iducan, souliers.

Zifr, livre.

Quièguet, papier.
























}soulier.

Ma ismènnek ? comment

vous nommez-vous?

Sàoual, appeler.

Aglid, sultan.

Amgar, pacha.

Arouco, vase.

Tomzinn, orge.

Ierdenn, blé.

Ibaoun, fèves.

Tarigt, selle.

Abdan, peau.

Idèmmen, sang.

Azèr, cheveu.

Iegzan, bras.

Ifedden, genou.

Tadàoutt, dos.

AddÌss, ventre.

Ououl, cœur.

Eguer, épaule.

Adat, doigt.

Idudan, doigts.

Aglid moccorn, Dieu.

Taffoct, soleil.

Aïour, lune.

Azal, jour.

Gayet, nuit.

Zik, matin.

Tedduguet, soir.


(283)

TÌzuerninn, l'heure après

midi (ou Douhhour).

Takouzinn, deux ou trois

heures après (ou el Aassar).

Tenouschi, coucher du

soleil (ou el Mogareb).

Tenietz, dernier crépus-

cule (ou el Ascha).

Idgam, hier.

Azca, demain.

Azzummeit, froid.

Ierga, chaleur.

Elhhall, temps.

Behra, beaucoup.

Imik, peu.

Ariat zaat, dans un peu

d'ici.

Aschcat,

Ascht,

SÒuddo, allez-vous-en.

Adrer, montagne.



















}venez.

Azif, rivière.

Azagar, plaine.

Orti, jardin.

Atchàg, mangez.

Atzog, buvez.

Igdad, oiseau.

Ifouloussen, poule.

Tiglaï, œuf.

Tàouount, rocher.

Accoràï, bâton.

AganÌmm, roseau.

Tigchda, madrier.

Ouchen, loup.

Tifloutz, planche.

Acal, terre.

Imèndi, grain.

Tisant, sel.

Aganhha, cuiller.

Timsguida, mosquée

Tahanutz, boutique.

Araam, chameau.


Nombres

Iàn, 1

Sin, 2

Crad, 3

Cos, 4

SemmÒs, 5

Seddès, 6

(284)

Za, 7

Tam, 8

Tza, 9

Meràou, 10

Ian de meràou, 11

Sin de meràou, 12, etc.


Les Brèbes vont ainsi jusqu'au nombre 20, qu'ils appellent aascharÌnn, comme les Arabes, dont ils ont adopté les expressions numérales de dizaines, qu'ils combinent avec les unités brèbes :

Cos de ascharÌnn

24

Za de telatinn

37


Ils font aussi usage des expressions :

Ascharin de meraou

30

Telatin de meraou

40, etc.


à la manière des François, qui disent soixante-dix, quatre-vingt-dix. [...]




Bibliographie


BarberÁ Fraguas, Salvador, Ali Bey, Viajes por Marruecos, Madrid : Editora Nacional, 1984. Edition utilisée : Círculo de lectores, 1998 / Punto de lectura, 2000).

Garcia, Anny, « Domingo Badía y Leblich alias Ali Bey?Les premières années et l'aventure marocaine (1767-1805) », thèse de doctorat d’État, Université Paul Valéry, Montpellier III, 2007, 1216 p. [Reconstitution biographique, à partir de plus de deux mille documents originaux contemporains des événements, de la première partie de la vie de l'illustre et néanmoins mal connu voyageur espagnol Domingo Badía y Leblich (1767-1805), suivie d'une présentation synthétique de ses dernières années (1805-1818)].

Jackson, James Grey, An account of Timbuctoo and Housa, territories in the interior of Africa, London, Longman Hurst, Rees, Orme, and Brown, 1820.

Voyages d'Ali Bey el Abbassi, en Afrique et en Asie pendant les années 1803, 1804, 1805, 1806 et 1807, Paris : Didot l'aîné, imprimeur du roi, 1814, 3 vol.in 8° [XIX-395, 464, 410] et un Atlas in 4° oblong de 5 cartes et 83 planches.


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1 Voir notre thèse de Doctorat d'Etat.

2 Voyages d'Ali Bey el Abbassi, en Afrique et en Asie pendant les années 1803, 1804, 1805, 1806 et 1807. Passage de l'ouvrage consacré aux Berbères : Vol. I, Ch. XV, 264, 280-84.

3 C.A.O.M.A. [Afrique III 5b] Lengua Brèbe – Colleccion de vozes de la lengua Brèbe llamada impropiamente Berber ó Berebère en Europa.

4 Voir retranscription en Appendice.

5 En espagnol ou français (pour l'édition de 1814).

6 Ali Bey, Viajes por Marruecos, (version espagnole revue et corrigée à partir de l'édition française de 1814). Cette publication connaîtra d'ailleurs, après la mort de Barberá, en 1995, plusieurs rééditions dans des collections diverses (dont Grandes viajeros, 1997. Édition utilisée ici : Círculo de lectores, 1998 / Punto de lectura, 2000).

7 Jackson fut vice-consul d'Angleterre au Maroc peu d'années après que Badía eût quitté ce pays.

8 Université de La Réunion.