W.E.B. Du Bois et « Le Monde Blessé ». La signification de la Guerre de 1914-1918 pour le Monde Noir


 

Pendant plus de quinze ans après la Première guerre mondiale, W.E.B. Du Bois a rassemblé des documents, préparé des demandes de bourse, et écrit les chapitres d’un livre intitulé « The Wounded World », qu’il avait l'intention de publier sur la signification de la guerre pour les hommes noirs. La plus grande partie des mille pages de son manuscrit et le nombre également impressionnant de documents officiels et personnels rassemblé par Du Bois n’ont jamais été publiés[1]. Les historiens qui ont analysé l’attitude de Du Bois par rapport à la Première guerre mondiale ont mis l’accent sur les controverses qui ont suivi sa décision de se ranger du côté de la guerre et d’appeler les Noirs américains à « former les rangs » avec les Américains blancs[2]. Ils ont également souligné comment, après la guerre, ayant perdu ses illusions, il a appelé les anciens combattants à continuer de combattre le racisme que la guerre avait contribué à aggraver. Les historiens ont montré le même manque d’intérêt que les contemporains de Du Bois envers ses efforts pendant les années vingt et trente pour tirer des leçons de cette expérience.

Pendant vingt ans, aussi bien la NAACP (National Association for the Advancement of Colored People), qui a financé son voyage en France en 1919, que les organisations philanthropiques et les éditeurs ont écarté son projet, alors que Du Bois lui donnait plus d’ampleur[3]. En 1924, un éditeur de l’Associated Publishers écrivait que l’intérêt pour la guerre mondiale était « aussi défunt que la Société des Nations » et puisque « … les Noirs eux-mêmes avaient perdu tout intérêt dans leur propre récit pendant ce bouleversement » il était douteux que le livre puisse être un succès commercial[4]. Dans les années vingt, Du Bois alla même jusqu’à envisager de présenter ce travail au public comme un spectacle et à la communauté intellectuelle comme un livre en plusieurs tomes. Dans ce but, Du Bois contacta le Colonel Otis Duncan, commandant du régiment d’infanterie du 8e Illinois, une unité noire de la Garde Nationale, en lui demandant si son régiment accepterait de participer à des scènes de combat avec des multitudes de poupées après que le conférencier aurait expliqué l’ampleur de la participation noire à la guerre à partir de cartes et de chiffres[5].

Parce qu’il présentait le livre comme une contribution savante, Du Bois a dû faire face aux inquiétudes des responsables de fondations et de presses à propos de la longueur du manuscrit, de la popularité du thème, et des questions controversées qu’il avait l’intention de soulever. Bien qu’il ait déposé de nombreuses demandes de bourse, Du Bois n’a reçu qu’une petite aide de $600 en vingt ans[6]. Son travail, pourtant, n’a pas été vain car les historiens ont pu utiliser les documents qu’il a rassemblés pour décrire les expériences des Noirs américains pendant la guerre[7]. Cependant, bien qu’ils les aient utilisés, les historiens n’ont pas traité de l’usage que Du Bois lui-même avait prévu de faire de ces documents.

Pour Du Bois, la Première guerre mondiale a apporté des enseignements sur l’état des relations raciales dans le monde, et une meilleure compréhension des problèmes particuliers des Noirs américains. Ses écrits, privés et publics, publiés et inédits, offrent une interprétation complexe sur la signification de la guerre pour les Noirs américains. Les accusations à l’encontre des officiers noirs concernant leur incapacité à commander ont limité leurs chances à commander les hommes de troupes sur les champs de bataille. Les accusations à l’encontre des troupes noires concernant leur incapacité à combattre ont limité leurs chances d’utiliser les attestations honorables de service militaire pour lutter contre la discrimination raciale dans la société américaine. Du Bois voulait réfuter ces accusations. Son but était aussi de replacer l’expérience des Noirs américains dans un contexte plus large. Il s’intéressait particulièrement au fait que la guerre donnait aux soldats noirs américains la possibilité de rencontre les troupes françaises et africaines. Ceci lui a donné l’occasion de réfléchir sur les identités plurielles des Noirs américains pendant la guerre. Il a constaté que, selon les circonstances, les soldats noirs ont été des hommes de couleur dans une armée dirigée par des Blancs, des êtres humains bien accueillis par les familles et les soldats français, des Noirs qui ont trouvé une parenté spirituelle ancestrale avec les soldats africains en France pendant la guerre, et des soldats face à l’épreuve ultime de la virilité sur les champs de bataille. Pour Du Bois, la guerre a illustré la correspondance frappante entre la position marginale des Noirs américains dans leur pays et le problème mondial du colonialisme[8]. Il n’a rien trouvé qui contredise sa conclusion précédente selon laquelle le problème le plus important du vingtième siècle était le problème de la démarcation entre populations de couleurs différentes[9]. Cependant, la possibilité qu’une nouvelle nation émerge en Afrique Centrale après la guerre, unissant les peuples noirs autour d’une cause commune, a saisi son imagination en 1919[10]. Ce nouveau monde, qu’il a appelé « le monde noir », est devenu son rêve principal. Pour Du Bois, il devenait possible d’imaginer une nation noire et une relation forte et permanente entre tous les peuples noirs à travers le monde entier. Ce monde n’avait-il pas vu en quatre ans la Russie renverser le Tsar, l’Angleterre accorder le droit de vote aux femmes, et l’Allemagne adopter un régime parlementaire ?[11] Mais bien vite la Conférence de la paix à Paris en 1919 détruisit ses espoirs de « lancer sur le continent noir la dernière croisade pour l’humanité » en soumettant les anciennes colonies allemandes à un contrôle européen[12]. Il était plus que jamais important que les peuples noirs trouvent par eux-mêmes le moyen de combattre la puissance du monde blanc. Cet échec laissa Du Bois très pessimiste quant aux possibilités d’une paix durable. Pour lui, les relations raciales allaient, par leur instabilité, conduire à une autre guerre dans un proche avenir.

Quatre thèmes ont dominé les écrits de Du Bois sur la Première guerre mondiale. D'abord, l'Afrique a joué un rôle central dans la guerre. C’est là que la guerre a commencé ; elle a fourni aux Alliés la main-d'œuvre dont ils avaient besoin pour remporter la victoire ; et c’est là que la déception envers l’échec des objectifs de la guerre a été la plus apparente. Deuxièmement, le préjugé racial qui s’est répandu dans le monde après la guerre mettait en danger la paix. Troisièmement, le préjugé racial empêchait les Noirs américains d'utiliser leurs attestations honorables de service militaire du gouvernement français pour lutter contre les lois de discrimination dans leur propre pays. La guerre, pourtant, leur a donné l'espoir qu'il était possible de créer une société égalitaire et démocratique. Cet espoir était fondé sur leurs expériences en France, un pays que Du Bois considérait comme le modèle que les autres pays occidentaux devaient imiter. Quatrièmement, la guerre a montré ce que les différents éléments du monde noir avaient en commun[13]. Elle a donné au pan-africanisme une légitimité comme mouvement politique et idéologique dont le but était de résoudre les problèmes des peuples noirs et de créer une identité raciale capable d’unir tous les Noirs dans le monde entier. Son affirmation que tous les Noirs faisaient partie d’un même monde pan-africain, créait un terrain idéologique commun où les Noirs pouvaient négocier, discuter, et diriger leur avenir en dehors des limites territoriales et culturelles qui leur avaient été imposées par les marchands d'esclaves européens et les colonisateurs.

 

L'importance de l'Afrique

 

En 1915, dans son essai, « The African Roots of the War », Du Bois écrivait :

Dans un sens très profond l'Afrique est une cause principale de ce formidable bouleversement de la civilisation que nous avons vécu ; et ces mots ont pour ambition de démontrer comment y sont cachées les racines, non pas simplement des guerres d'aujourd'hui mais aussi des menaces de guerre de demain[14].

Pendant et après la guerre, Du Bois a mis en cause les interprétations dominantes des causes de la guerre. Pourquoi chaque nation avait-elle cru que sa survie était en jeu ? Selon Du Bois, la mort de l’archiduc François Ferdinand, le désir de la France de reprendre l’Alsace et la Lorraine, la question de l’équilibre des pouvoirs en Europe, ou la violation de la neutralité de la Belgique n'étaient pas des réponses satisfaisantes. Pour Du Bois la véritable cause de la guerre était ailleurs[15].

Selon Du Bois, la guerre était la conséquence de la rivalité entre pouvoirs européens pour acquérir des colonies en Afrique à la fin du dix-neuvième siècle. Les forces nationalistes et le préjugé racial avaient conduit la Grande-Bretagne, la France, l'Allemagne, la Belgique, l'Italie et le Portugal à exploiter les richesses du continent africain. C’était une illusion, pour Du Bois, de croire que les nations monarchiques et démocratiques avaient colonisé l'Afrique pour des raisons différentes. La révolution industrielle avait créé à l’intérieur de chaque nation européenne une classe ouvrière exploitée qui réclamait sa part des profits. Quand l'Allemagne est entrée dans la concurrence pour les colonies, Du Bois a écrit : « l'Angleterre et la France veillent accroupies au dessus de leur os, en grognant, mais en continuant à ronger avec application, le sang du monde noir aiguisant leur appétit »[16]. Si la promesse d'un accroissement de la richesse nationale n’a pas gagné les travailleurs à la cause de l’impérialisme, la menace de transférer leurs emplois outre-mer a calmé tout sens de culpabilité sur le fait pour une classe d'ouvriers d’exploiter ceux d'un autre continent et d’une autre race. Même les nations démocratiques, donc, ont partagé une caractéristique fondamentale avec les régimes autoritaires : l’union du capital et du travail pour soutenir l’expansion du pouvoir de l’homme blanc sur l’Afrique.

 

Le préjugé racial

 

Avec ces préoccupations, Du Bois en a appelé à la dernière réunion des associations pour la paix à St. Louis, en disant : « Ne devriez-vous pas discuter le préjugé racial comme une cause importante de la guerre ? »[17]. N’ayant pas pu convaincre l’assemblée de traiter cette question en 1915, il l'a lui-même posée dans ses avant-projets et ses notes pour « The Wounded World » et aussi dans Darkwater, le livre qu'il a fait publier en 1919. Dans ces écrits, il a réfléchi sur l'état des relations raciales dans le monde. Comment le préjugé racial pouvait-il expliquer la guerre ? D'abord, il a montré qui était responsable de la guerre. Les véritables coupables, selon lui, étaient « tous ces citoyens, modernes et civilisés qui se sont volontairement soumis aux puis­sances dominantes » et qui ont soutenu les guerres coloniales de conquêtes menées par leurs pays[18]. Ce n’était d’ailleurs guère étonnant, car la culture occidentale était saturée par une propagande qui affirmait que les hommes noirs n'étaient capables que de servir de « bêtes de somme pour les blancs »[19]. Le préjugé racial expliquait pourquoi la nation la plus démocratique du monde, les Etats-Unis, n’avait pas pu empêcher la guerre. « L’Amérique, le pays de la démocratie, est apparue de plus en plus souvent pour soutenir la doctrine selon laquelle la démo­cratie n'appartiendrait qu’à la race blanche »[20]. Cette prise de position des Américains donnait bonne conscience aux Européens quand ils soutenaient à la fois la démocratie et l’impérialisme dans leurs propres pays. Le préjugé racial expliquait quel était l’enjeu réel pendant la guerre. Pendant son séjour de recherche pour son livre « The Wounded World » en 1919, Du Bois constatait :

L'Europe aujourd'hui se bat pour régler la question de qui dominera les peuples soumis et « inférieurs » dans le monde. La supériorité de l'Angleterre et la France comme puissances colonisatrices est remise en cause par l’Europe Germanique. Ils se battent « pour une place au soleil », ce qui signifie qu'ils combattent pour le droit de commander et d’exploiter les peuples de couleur[21].

Finalement, la façon dont les classes dominantes ont entretenu le préjugé racial parmi la classe ouvrière explique pourquoi des émeutes raciales violentes ont éclaté à travers les Etats-Unis pendant la guerre, malgré le faible taux de chômage et les salaires élevés. Exclus des syndicats des Blancs, les ouvriers noirs étaient accusés d’empêcher l’émergence d’un mouvement ouvrier capable de parler d’une seule voix parce qu’ils étaient « coupables d’être noirs »[22].

Les Alliés ont gagné la guerre, mais jusqu’à ce que le problème des préjugés raciaux soit résolu Du Bois avait peu d'espoir que la paix mondiale dure. Les Etats-Unis n’étaient pas crédibles quand ils défendaient le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, écrivait Du Bois au président Wilson, « quand des millions de Noirs américains étaient privés du droit de suffrage »[23]. Au début de la guerre, Du Bois avait prédit que la prochaine guerre ne serait pas entre les Blancs luttant pour contrôler les richesses de l'Afrique et de l'Asie, mais qu’elle serait menée entre les races.

Ces nations et ces races qui constituent la vaste majorité de l’humanité, vont continuer à subir ce traitement le temps qu’il faudra et pas un moment de plus. Puis ils vont se soulever et la guerre des races surpassera en sauvagerie n'importe quelle guerre précédente. Car les peuples de couleur ont beaucoup à se rappeler et ils n'oublieront pas[24].

Dans les années vingt et trente, Du Bois ne vit pas grand’ chose qui puisse le faire changer d’opinion. Dans les demandes de bourse qu'il a déposées pour « The Wounded World » pendant ces années-là, Du Bois affirmait sans cesse que la guerre avait accentué le préjugé racial et éloigné les possibilités d'une égalité raciale et économique indispensable pour que la paix dure longtemps[25]. Un des rares espoirs exprimés par Du Bois en 1919 est au sujet de la Société des Nations qu'il croyait capable de fournir « … un secours entre le spectre de la grande guerre des races » en offrant la possibilité « aux noirs, aux blancs et aux jaunes de s’asseoir, de parler, et d’agir » dans une même organisation mondiale[26].

 

Les Noirs Américains

 

Quelle responsabilité portaient les Noirs américains dans cet état des relations raciales dans le monde ? Comment pouvaient-ils prendre part à la guerre avec bonne conscience, tout en sachant ce qui était vraiment en jeu et tout en sachant que les Etats-Unis avaient bien peu d'autorité morale pour rectifier les prétentions européennes concernant l'Afrique ? Du Bois se souvenait toujours qu'il avait subi pas mal de critiques pendant la guerre pour avoir exhorté les Noirs américains à « former les rangs » avec les Blancs pour la durée de la guerre. Il écrivait :

Les plus intelligents des noirs auraient préféré faire de cette guerre une occasion pour une négociation entre les populations de couleur et les blancs et auraient voulu dire aux Alliés franchement : « Nous pensons que entre vous et l'agression impériale allemande, le droit est clairement de votre côté mais néanmoins nous vous demandons des garanties claires, et des promesses concernant votre traitement des populations noires dans l'avenir »[27].

Cependant, Du Bois a reconnu que les Noirs américains n'étaient pas en position de négocier ainsi avec les Blancs. Au contraire, ils risquaient de freiner la lutte contre les préjugés raciaux s’ils avaient choisi de ne pas combattre dans l'armée américaine. Du Bois a toujours fermement défendu la thèse selon laquelle l'inclusion des Noirs américains par la loi de conscription était une reconnaissance importante de leur statut de citoyens[28]. La guerre avait eu lieu à une époque où les autres droits relatifs à la citoyenneté, tels que le droit de suffrage, l'égalité devant la loi, et la liberté de parole n'étaient pas reconnus à la plupart des Noirs américains aux Etats-Unis. Ils avaient besoin de tirer le maximum de cette reconnaissance, même limitée, par les Américains blancs, de leur qualité de citoyens américains. Deuxièmement, le fait que la NAACP réussisse à initier un cours de formation pour les officiers noirs semblait être une étape importante pour lutter contre les stéréotypes sur l’incapacité des hommes noirs à diriger des unités de combat. Finalement, comme ce rapport que Du Bois reçut d'un secrétaire de la YMCA (Young Man’s Christian Association) pour inclure dans « The Wounded World » l’illustre si fortement, la guerre permettrait de diriger l’attention sur la difficile situation des hommes noirs du Sud, que le système racial de caste laissait appauvris et illettrés. Lorsque ceux-ci sont arrivés dans les camps d’entraînement, le secrétaire a raconté à Du Bois,

quelques-uns pensaient que l'ennemi à combattre était juste à quelques milles d'Atlanta, et qu'une bataille pouvait éclater à n'importe quelle heure. Ils confondaient les explosions de rochers avec le grondement des cannons d'ennemis. Quelques-uns n'avaient jamais entendu parler de l'Allemagne, de la Serbie, de la France, du Kaiser, de l’Europe ou de New York. Ils ne savaient pas que depuis quelques semaines une terrible guerre faisait rage, et ils n'avaient pas la moindre idée de ce dont il s'agissait[29].

Les Noirs américains espéraient que leur participation à la guerre accroîtrait l'obligation morale des Américains blancs de rectifier ces injustices. Les hommes noirs avaient bien le droit de faire ces demandes après la guerre, insistait Du Bois parce que le monde démocratique avait envers eux une dette importante. Tout simplement, selon Du Bois, « le soldat noir avait sauvé la civilisation entre 1914-1918 »[30]. Les soldats africains des colonies françaises ont joué un rôle essentiel de la première bataille de la Marne en 1914 jusqu’à l'armistice en 1918. Les soldats américains noirs ont travaillé comme dockers, ce qui a permis à la puissance économique américaine de remporter la victoire pour les Alliés. Du Bois ne négligeait pas pour autant l'importance des combattants américains noirs. Il a noté le fardeau particulier qu'ils ont assumé pour remporter une victoire sur les champs de bataille pour leur race, jusqu’aux derniers moments de la guerre.

C’était, a écrit Du Bois,

une de ces questions morales formidables que la guerre a mises en première ligne. Les négociations pour l'armistice avaient déjà commencé… c'est une question importante donc de savoir s'il était indispensable d'envoyer ces troupes noires à leur mort pendant la matinée du dix [novembre] mais ce fut fait et dans des circonstances sin­gulièrement tragiques. Si les troupes avaient été blanches, elles auraient pu avancer lentement avec nonchalance, sachant que la fin de la guerre était proche. Mais ces troupes noires de la 92e Division étaient prêtes. On leur avait présenté une situation honteuse avec l’exemple de la 368e » [un régiment noir qui avait reçu une formation médiocre avant sa participation à la grande bataille américaine de la première guerre mon­diale qui s'appelle la bataille de Meuse-Argonne. La désorganisation de ce régiment était citée par beaucoup d’officiers américains blancs comme preuve que les Noirs américains étaient des soldats médiocres]. Du Bois poursuivait, « Ils étaient déterminés à aller jusqu’au sacrifice pour prouver leur détermination… ainsi le combat se termina avec cette dernière effusion de sang noir »[31].

Les hommes de couleur, d'après Du Bois, ont joué un rôle essentiel du début à la fin de la guerre. Mais quel sens cela avait-il pour eux ? Pour les soldats américains noirs, leurs expériences militaires pouvaient se résumer en un mot : la déception. Des centaines de pages dans « The Wounded World » décrivent les obstacles placés par le préjugé racial devant les soldats américains noirs qui tentaient de faire preuve d’intelligence et d'aptitude militaire. La seule expérience positive dont ils se souvenaient était leurs relations avec les Français.

En France, ils pouvaient manger où ils voulaient, parler avec qui ils voulaient, et ils ont été accueillis avec des acclamations sur le front. Du Bois a vécu lui aussi cette expérience des soldats américains noirs lors de son voyage en France en 1919. Il se rappelait avec ravissement les dîners où il pouvait « rire, plaisanter et réfléchir entre amis » sans « l’arrogante condescendance de formules comme : "nous avons eu une fois une domestique de couleur" – "mon père était un abolitionniste", – "Je me suis toujours intéressé à votre peuple" ». Ce n’était, a-t-il remarqué, « que simple décence, mais je devais être reconnaissant parce que je suis un Noir américain, et que l'Amérique blanche, à de rares exceptions près, est cruelle envers tous ceux qui ont du sang noir »[32]. Il n'est pas étonnant que Du Bois ait présenté la France comme la démocratie modèle à l’avant-garde de la lutte contre le préjugé racial. Les événements d'après-guerre tels que l’interdiction à Paris du film raciste « The Birth of a Nation » et la dénonciation par les députés des colonies françaises à l'Assemblée Nationale des préjugés raciaux des touristes américains ont augmenté l'estime que de nombreux Noirs américains instruits éprouvaient pour la France[33].

N’y avait-il pas cependant des contradictions dans l'analyse que Du Bois faisait de la guerre ? Dans son examen des causes et des conséquences de la guerre, Du Bois condamnait la France aussi bien que la Grande-Bretagne et l'Allemagne pour ce qu’elle faisait en Afrique. Il critiquait la classe ouvrière française qui valo­risait son propre bien-être sans considérer ce que cela impliquait comme exploitation de l'Afrique. Par contre, dans les chapitres qu’il consacrait aux expériences des soldats américains noirs en France, paysans et ouvriers français étaient au contraire félicités d’avoir reçu les Noirs américains comme leurs égaux. Plus encore que la réception chaleureuse que les Noirs américains avaient connue de la part des familles françaises et des magasins français, Du Bois, dans son chapitre sur l’armistice, mettait en valeur une autre différence, la gloire accordée aux tirailleurs sénégalais.

Ce lieutenant rapporte une conversation entre officiers américains blancs et officiers français entendue par hasard dans un train à destination de Paris en 1918, dans laquelle, disait-il, les officiers français n’avaient pas assez d’éloge pour leurs soldats noirs, les tirailleurs sénégalais, et déclaraient les aimer pour leur action à Verdun. Un officier américain originaire de Virginie répondit, lui, que les soldats noirs américains

¼ avaient amplement démontré qu’ils n’étaient qu’une bande de lâches, et que chacun violerait une femme blanche s’il n’en était pas empêché par les Blancs. Il a même conclu que dès son retour aux Etats-Unis il voulait se joindre à un lynchage, et dit aux Français qu’il leur enverrait en souvenir un morceau d’oreille d’un noir[34].

Après de tels récits, il n'était pas difficile de comprendre les éloges que Du Bois adressait à la France dans La Crise, le journal dont il était l’éditeur. Les soldats américains noirs ne devaient pas regretter leur décision de combattre aux côtés des Alliés, même s’ils en tiraient bien peu d’avantages aux Etats-Unis mêmes. « Si on leur en donnait de nouveau l’occasion, ils feraient leur devoir car après tout, n'avaient-ils pas vu et connu la France », s’exclama-t-il[35]. Les Noirs américains devaient entretenir ces bonnes relations. Ils devaient apprendre le français, et voyager à l'étranger pour faire connaître la vérité à propos de la discri­mination raciale aux Etats-Unis[36]. Pendant les années vingt, Du Bois essaya même d’organiser pour quelques centaines de Noirs américains un voyage en France et en Afrique du Nord pour montrer aux Français l’amélioration de leur situation économique et pour montrer aux Noirs américains aisés qu’il leur était possible de voyager en France en étant bien reçus et sans se trouver dans des situations embarrassantes ou dangereuses comme cela leur arrivait lorsqu’ils voyageaient aux Etats-Unis[37].

Sans excuser les crimes français en Afrique, Du Bois ne pouvait passer sous silence le fait que la France avait concédé le droit de vote à une partie de la population africaine, « les originaires », nés dans une des quatre communes, Dakar, St. Louis, Gorée et Rufisque et que le Sénégal avait récemment envoyé son premier député noir à l'Assemblée Nationale. La bonne volonté avec laquelle les autorités françaises avaient accepté le projet de Du Bois et Blaise Diagne, le député sénégalais, d’organiser un congrès pan-africain à Paris après la guerre, avait beaucoup impressionné Du Bois. Mais Du Bois s’était rendu compte finalement qu'il s'était trompé en croyant que la conscription française des tirailleurs sénégalais qui n'étaient pas originaires a signalé l'intention française de leur accorder la citoyenneté française.

En privé, Du Bois a exprimé ses doutes sur la possibilité que la France accorde aux peuples colonisés l’instruction et le droit de vote. Mais il n’a pas douté de la sincérité des idéaux démocratiques français. Au contraire, après le congrès pan-africain en 1919, il notait dans un mémoire confidentiel aux autres organisateurs que bien que la France pratique l’égalité raciale plus que tout autre pays développé et bien qu’elle traite « les Noirs civilisés comme des hommes civilisés », elle faisait toujours partie du monde blanc et allait subir la pression des Etats-Unis et de l'Angleterre pour l’obliger à aligner sa politique raciale avec les leurs[38]. Pour Du Bois, c’était cette exigence qui expliquait les réticences de la France à permettre aux Africains de participer au pouvoir politique. En 1932, l'unité interne du monde blanc lui semblait plus forte que jamais. La France avait fait peu d’efforts pour élargir l’instruction et le droit de vote au-delà d’une petite « aristocratie noire », et « … les Américains peuvent s’imposer aux Français dans tous les aspects de la vie et bien qu’ils n’aient pas réussi à faire interdire l’entrée des hôtels et des restaurants aux Noirs, ils en ont rendu l’accès plus difficile »[39].

Du Bois avait l'intention de faire de son livre, « The Wounded World », un appel à la classe ouvrière blanche afin qu’elle se rende compte qu'elle avait intérêt à soutenir plutôt qu'à exploiter ses frères noirs. « Tout ce que ce monde noir en miettes cherche », a-t-il écrit, « c’est une unité spirituelle et de l'aide, pas seulement en son sein mais aussi dans les cœurs de ces classes ouvrières européenne et américaine exploitées, au fond les problèmes sont les mêmes »[40]. Mais le sentiment de réveil que Du Bois aurait pu avoir grâce à la façon dont les Français avaient reçu les Noirs américains pendant la guerre avait disparu en 1932. En réponse à l’éditeur de Je suis partout qui lui demandait son opinion sur la France, il écrit :

Il me semble que les Français, avec toute leur théorisation du socialisme ne prennent pas suffisamment en compte la grande masse du peuple. La France s’identifie encore à une classe-moyenne composée de gens riches ou aisés qui gouvernent l'empire français dans leur propre intérêt économique[41].

 

Le Monde Noir

 

Leur temps de service en France a fourni aux Noirs américains la chance de rencontrer les hommes blancs comme des égaux. Il a aussi donné aux Noirs de diverses origines un lieu où ils pouvaient se rencontrer pour élaborer un projet politique en vue de faire avancer la lutte contre le préjugé racial. Dans « The Wounded World », Du Bois demandait : « Y-t-'il un monde noir - un organisme social, conscient de lui-même et de ce qui le compose ? »[42]. Mais, la guerre a fait disparaître tous ses doutes : « Oui, il y a aujourd'hui un monde noir. Il n'existait pas comme tel il y a dix ans, mais il était puissant il y a vingt-cinq siècles ». Les Etats-Unis en étaient le centre spirituel du fait de ses valeurs démocratiques affirmées. Venaient ensuite, les Antilles, l'Amérique du Sud, et l'Afrique qui fournissaient suffisamment d’exemples, mêmes limités, de direction par des hommes noirs de renouveau économique et d’activité culturelle pour qu’il soit possible d’envisager la renaissance d'un monde noir moderne et puissant. Le congrès pan-africain tenu à Paris en 1919, apparaissait comme une étape dans cette direction. Il y a dans la documentation réunie par Du Bois pour le « Wounded World » quelques indications qui montrent qu’il n'était pas le seul Noir américain à voir la guerre comme une occasion d’unifier le monde noir.

Comme on pouvait s’y attendre, la plupart des lettres écrites par les soldats tournaient autour des abus commis par des Américains blancs et de la gentillesse des Français. Quelques-unes, cependant, parlaient des rencontres entre les Noirs américains et les troupes coloniale françaises, ou des activités des tirailleurs sénégalais en France. Encore plus intéressant que ces récits relativement rares, une collection de cartes postales a été donnée à Du Bois. Plus de deux mille de ces cartes postales avaient été imprimées, mais comme l’a constaté le responsable, « les gars de couleur sont partis avant que nous ayons pu les leur vendre »[43]. De quoi s'agissait-il ? Un dessin montre des soldats américains noirs sortant d'une tranchée, un autre les montre en train de faire prisonnier un soldat allemand. C’étaient des dessins ordinaires, populaires parmi les soldats noirs et blancs qui les ont achetées pour les envoyer chez eux. Le dessin le plus remarquable montre un soldat américain noir passant devant un tirailleur sénégalais, et échangeant les saluts avec la légende « Salut Fra­ternel/Fraternal Salute ». Peut-être cette image était censée rappeler une véritable rencontre entre ces deux groupes de soldats noirs, peut-être n'était-ce qu'une espérance de contacts, ou seulement un signe de respect mutuel pour la contribution de chaque groupe de soldats noirs à la guerre. Quelle qu’ait été la véritable motivation de ceux qui ont dessiné cette carte postale, elle prouve que Du Bois n'était pas le seul Américain à voir la création d’un monde noir à l’occasion de la guerre. Dans un livre qui s'appelle « Colored Soldiers in France », Edward Snyder a mis les photos des soldats américains noirs à côté de celles des tirailleurs sénégalais pour montrer la contribution de la race noire à la lutte pour la démocratie[44]. Ce livre voulait rappeler que la guerre avait été une expérience commune aux hommes noirs, en insistant sur les ressemblances et non les différences. Parce que les tirailleurs sénégalais et les soldats américains noirs faisaient partie d’un même monde noir, il fallait partager les souvenirs de leurs expériences dans les tranchées, leurs relations avec les Françaises, et leurs loisirs.

Plusieurs congrès pan-africains se sont réunis pendant les années vingt mais ils ont bientôt été dominés par les rivalités entre les chefs des diverses communautés noires. Pendant les premières réunions, Du Bois était tout à fait d'accord avec les éloges de la France formulés par les députés de couleur qui siégeaient à l'Assemblée Nationale[45]. Douze ans plus tard, cependant, Du Bois se demandait si « dans la France noire… les masses noires avaient vraiment des chefs. Leurs dirigeants comme Diagne, Candace et les autres sont plus français que les Français, et se sentent, naturellement beaucoup plus proches du peuple de France que de ceux de l’Afrique noire ou de la Martinique mulâtre »[46]. Le fait que la France était toujours en avance par rapport aux autres pays quand il s'agissait des questions d'égalité raciale était maintenant pour Du Bois moins le signe de la grandeur de France que la preuve de « la pauvreté spirituelle extraordinaire du reste du monde civilisé ».

Comme beaucoup d’autres, Du Bois a trouvé difficile d’accepter une telle catastrophe comme la guerre de 1914-1918 sans y chercher un autre but que la poursuite du statu quo. Sa déception en voyant que les Noirs américains avaient raté leur chance d’obtenir les droits civiques aux Etats-Unis laissait cependant la place à un espoir que le mouvement pan-africain réussisse à améliorer la situation internationale de la race noire[47]. Dans les années trente, il exprime son regret d'avoir soutenu la guerre. Il donne pour argument qu’il a été emporté par « l’appel du devoir » et avoue avoir « … honte de mon propre manque de prévoyance »[48]. Il présente la guerre comme un exercice stérile provoqué par les capitalistes et les impérialistes. Dans ses dossiers de demande de bourse il constate « l'échec complet de la guerre comme solution aux problèmes sociaux ou tout autre problème »[49]. Bien que Du Bois ait continué à s’intéresser au mouvement pan-africain, au moment de la Seconde guerre mondiale il a abandonné l’idée que la guerre puisse aider à l’unification du monde noir.

 

Jennifer Keene[50]

 



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Sundquist, Eric J., ed. The Oxford W.E.B. Du Bois Reader (New York, Oxford University Press, 1996).

W.E.B. Du Bois Papers, University of Massachusetts-Amherst.



[1] « The Black Man and the Wounded World » manuscrit inédit, W.E.B. Du Bois Papers, Fisk University, Tennessee.

[2] « Close Ranks, » The Crisis 16 (July 1918), 111. Du Bois s’est défendu contre les critiques dans les articles « A Philosophy in Time of War, » The Crisis 16 (August 1918), 164-65 et « Our Special Grievances, » The Crisis 16 (September 1918), 216-17. Mark Ellis, « "Closing Ranks" and "Seeking Honors": W.E.B. Du Bois in World War I, » Journal of American History 79 (June 1992), 96-124. William Jordan, « The Damnable Dilemma: African-American Accommodation and Protest during World War I, » Journal of American History 81 (March 1995), 1562-1583. Mark Ellis, « W.E.B. Du Bois and the Formation of Black Opinion in World War I: A Commentary on "The Damnable Dilemma." » Journal of American History 81 (March 1995), 1584-1590.

[3] Mary W. Ovington à Du Bois, 11 February 1919; reel 7, frame 1181, Du Bois Papers, University of Massachusetts-Amherst (Du Bois Papers, UM-A).

[4] Associated Publishers, Inc. à Du Bois, 28 April 1924; reel 13, frame 287. Du Bois à Robert Littell, The MacMillan Company, 10 September 1925, and reply; reel 15, frame 1044-45. Du Bois à R.R. Taylor; 14 March 1927; reel 23, frame 0263. Tous dans Du Bois Papers, UM-A.

[5] Du Bois à Colonel Otis Duncan, 8th Illinois Infantry, 19 June 1923 et « Memorandum on a Proposed Pageant and History entitled « The Black Man and the Wounded World, » reel 11; frames 1103 & 1107, Du Bois Papers, UM-A.

[6] Echange de correspondance entre Du Bois et J.H. Dillard, Charlottesville, Virginia, June- September, 1927; reel 21, frames 1320, 1322, 1327, 1328. Du Bois à Raymond Fosdick, 16 November 1927; reel 22, frame 1324. Memorandum to the Imperialism Committee of the American Fund for Public Service, March 27, 1929 et la réponse 2 May 1929 reel 27, frame 1155. Social Science Research Council à Du Bois, 20 March 1935; reel 44, 1057. Du Bois à James T. Shotwell, Carnegie Endowment for International Peace, 16 January & 26 February, 1936; reel 45, frame 471/473. Du Bois à Sage Foundation, 16 March 1936; reel 45, frame 622. Tous dans Du Bois Papers, UM-A

[7] Arthur Barbeau and Florette Henri, The Unknown Soldiers: Black American Troops in World War I, Philadelphia: Temple University Press, 1974.

[8] Lettre à l’Editor, New York Age, 1919; reel 7, frame 1161, Du Bois Papers, UM-A.

[9] Notes pour une conférence devant le Pan-African Congress, 1919; reel 8, frame 67-68, Du Bois Papers, UM-A.

[10] Du Bois à French Prime Minister Georges Clemenceau, 4 January 1918; reel 6, frame 402. Du Bois à George Foster Peabody, 28 August 1918; reel 6, frame 1096. Memorandum on the Future of Africa, 27 November 1918 à Robert Lansing, Secretary of State; reel 6/1122-1123. Tous dans Du Bois Papers, UM-A.

[11] W.E.B. Du Bois, Darkwater, dans The Oxford W.E.B. Du Bois Reader, ed. Eric J. Sundquist, New York: Oxford University Press, 1996, p. 517.

[12] Memorandum on the Future of Africa, 27 November 1918, p. 4.

[13] Ces idées ont réfléchi la perspective historique afro-centriste que Du Bois a adopté depuis la publication de The Souls of Black Folk en 1903 et le Congrès Pan-Africain en 1900. Du Bois, The Negro, New York: Oxford University Press, 1970, repr. 1915. Richard Cullen Rath, « Echo and Narcissus: The Afrocentric Pragmatism of W.E.B. Du Bois, » The Journal of American History 84, (September 1997), 461-495. David Levering Lewis, W. E. B. Du Bois: Biography of a Race, New York: Henry Holt Co., 1993.

[14] W.E.B. Du Bois, « The African Roots of the War, » Atlantic Monthly, 115 (May 1915), 707.

[15] Darkwater, p. 503, 506.

[16] Darkwater, p. 506.

[17] « The African Roots of the War », 712.

[18] W. E. B. Du Bois, « Chapter 1: Interpretations: The Black Man and the Wounded World, » The Crisis, 27 (January 1924), 110-114.

[19] Darkwater, p. 503.

[20] Du Bois, « The Black Man and the Wounded World, Chapter Seven: Black America » p. 5. dossier « chapter 7 - Black America, » carton 54, Du Bois Papers, Fisk University.

[21] Du Bois, « War and Color, » Bulletin #3, carton 58, Du Bois Papers, Fisk University.

[22] Darkwater, p. 526-535.

[23] Du Bois à President Woodrow Wilson, 27 November 1918; reel 7, frame 112-115, Du Bois Papers, UM-A.

[24] « African Roots of the War, » 714. Darkwater, p. 507.

[25] Voir correspondance dans le dossier intitulé « Introduction material », carton 54, Du Bois Papers, Fisk University.

[26] « The League of Nations, » The Crisis 18 (May 1919), 10-11.

[27] Du Bois, « Black Man and the Wounded World - Chapter 8, The Challenge, » dossier « chapter 8, The Challenge », carton 54, Du Bois Papers, Fisk University.

[28] Projet de conférence, April 1918; reel 7, frame 104, Du Bois Papers, UM-A.

[29] Du Bois, « Black Man and the Wounded World - Chapter 9, The Draft, » p. 7, dossier « chapter 9 - The Draft, » carton 54, Du Bois Papers, Fisk University. Du Bois a dédié un chapitre entier à l’importance de l’éducation pour former les bons citoyens dans Darkwater, p. 581-593.

[30] Du Bois, « The Black Man in the Revolution of 1914-1918, » The Crisis 17 (March 1919), 218-223.

[31] Du Bois, « The Black Man and the Wounded World- chapter 14- The 92nd Division, » pp. 136; 144, dossier « Chapter 14, The 92nd Division, » carton 57, Du Bois Papers, Fisk University.

[32] Darkwater, p. 604.

[33] Voir correspondance entre Du Bois et les Députés Boisneuf, Diagne, Candace, La Grossilière, 14 août 1923; reel 11, frames 681 & 826. Du Bois Papers, UM-A. George W. Lattimore to Du Bois, 21 August 1923; reel 11, frame 1200, Du Bois Papers, UM-A.

[34] Du Bois, « The Black Man and the Wounded World - Chapter 17, The Armistice, » p. 11, dossier « chapter 17, The Armistice, » carton 56, Du Bois Papers, Fisk University.

[35] Du Bois, « An Essay Toward A History of the Black Man in the Great War, » The Crisis 19 (June 1919), 63.

[36] Du Bois, « French and Spanish, » The Crisis 17 (April 1919), 269-270.

[37] J. Perret, Director, Syndicat d’initiative français à Du Bois, 23 September 1927; reel 22, frame 140. Du Bois à Syndicat d’initiative français 6 November 1927; reel 22, frame 142. Du Bois à M. Gratien Candace, Député de la Guadeloupe, Chambre des Députés, 24 October 1928; reel 25. Frame 13. Tous dans Du Bois Papers, UM-A. Darkwater, p. 598-9.

[38] Memorandum Confidential pour MM. Diagne et Candace et leurs amis au sujet du prochain Congrès Pan-Africain, 1919; reel 8, frames 114-116, Du Bois Papers, UM-A.

[39] Du Bois à J. G. Fleury, rédacteur de Je Suis Partout, 26 November 1932; reel 37, frame 21, Du Bois Papers, UM-A.

[40] Du Bois, « The Black Man and the Wounded World, Chapter 3 - The World of Black Folk, » dossier « Chapter 3 - The World of Black Folk, » carton 54, Du Bois Papers, Fisk University. Memorandum Confidential pour MM. Diagne et Candace et leurs amis au sujet du prochain Congrès Pan-Africain, 1919.

[41] Du Bois à J. G. Fleury, rédacteur de Je Suis Partout, 26 November 1932.

[42] Du Bois, « The Black Man and the Wounded World, Chapter 3 - The World of Black Folk, » dossier « Chapter 3 - The World of Black Folk, » carton 54, Du Bois Papers, Fisk University.

[43] Cartes postales diverses, dossier « War correspondence with The Crisis, Jan.-June 1919 » carton 58, Du Bois Papers, Fisk University.

[44] Edward L. Snyder, « Colored Soldiers in France: A Pictorial Study of Their Part in the World War 1914-1918 » (Copyright by Edward L. Snyder, nd), exemplaire dans carton 63, Du Bois Papers, Fisk University.

[45] Discours inaugural de M. Diagne au Congrès pan-africain des 19-20-21 février 1919; reel 8, frame 47. Procès-verbal du Congrès Pan-Africain, reel 8, frames 100-106. A. P. Miller, Secretary, « The Pan-African Congress », Anti-Slavery Reporter and Aborigines’ Friend, 1921, p. 104; reel 10, frame 98. Tous dans Du Bois Papers, UM-A.

[46] Du Bois à J. G. Fleury, rédacteur de Je Suis Partout, 26 November 1932.

[47] Darkwater, p. 531, 574.

[48] Du Bois à Kirby Page, The World Tomorrow, 24 June 1930; reel 32, frame 796, Du Bois Papers, UM-A.

[49] Du Bois, « Manuscript entitled: The Black Man and the Wounded World, » 22 February 1936, « Introduction Material, » carton 54, Du Bois Papers, Fisk University.

[50] Assistant Professor of History. University of Redlands, California.